—By God! Hum! Hum! ... (il a l'air très enrhumé, le commandant Strum). Ah, ah! Cet imbécile de curé s'est fourré, lui aussi, dans la bagarre. Qu'ils aillent au diable de compagnie! Hum! Hum! Et toi, décampe, animal, si tu n'as pas autre chose à me dire. Je n'ai pas de temps à perdre avec un oison de ton espèce, hum, hum! Et là-dessus il m'a mis à la porte.
—Je n'attendais pas moins de la courtoisie du commandant Strum, dit en riant le planteur. Et il rentra dans l'habitation.
L'inconnu avait demandé à être conduit dans la chambre qui lui était destinée, afin de remettre un peu d'ordre dans sa toilette froissée et dérangée par la longue course qu'il venait de faire.
Au moment où le planteur pénétrait dans le salon, l'inconnu y rentrait par une autre porte.
On causa pendant quelques instants de choses indifférentes, puis la cloche du souper se fit entendre, et l'on se mit à table.
Les premiers moments d'un repas sont en général silencieux; l'appétit domine assez généralement; chacun mange tout d'abord pour satisfaire les exigences impérieuses de la bête; puis, peu à peu, au fur et à mesure que l'appétit se calme, la conversation sort des banalités, grandit, se généralise, et parfois, mais pas toujours, devient intéressante et même attrayante.
Cette fois, les événements graves qui planaient dans l'air suffisaient, et au-delà, pour animer la conversation et lui donner de l'intérêt.
Les convives étaient au nombre de huit: le planteur, ayant à sa droite l'abbé Paul-Michel, à sa gauche sa fille; en face de lui doña Juana, ayant son fils à sa gauche et l'inconnu à sa droite; puis, comme double anneau soudant les deux, partie de cette chaîne, don Ramón à l'un des bouts de la table et don Seguro à l'autre bout.
Le repas était bien servi et entendu d'une façon irréprochable.
Nous profiterons de quelques instants de répit que nous donne l'achèvement du premier service, pour tracer en quelques lignes le portrait de l'inconnu.