—J'en suis convaincu.

—C'est bien, il mourra. Que son destin s'accomplisse.

—C'est donc la guerre que vous voulez?

—Non, c'est la vengeance; les blancs ne sont pas pour nous des ennemis, ce sont des bêtes fauves que nous tuons, des reptiles venimeux que nous écrasons chaque fois que l'occasion s'en présente.

—Prenez-y garde, chef, la lutte sera sérieuse entre nous; nous sommes des hommes braves, nous ne vous attaquerons pas les premiers, mais si vous essayez de nous barrer le passage, nous résisterons vigoureusement, je vous en avertis.

—Tant mieux! Voilà longtemps que mes fils n'ont rencontré d'ennemis dignes de leur courage.

—Cet entretien est maintenant sans objet, laissez-moi retourner vers les miens.

—Va donc, je n'ai plus, en effet, rien à te dire, souviens-toi que c'est l'entêtement de ton maître qui aura appelé sur sa tête les malheurs qui, bientôt, fondront sur elle. Marchez sans craindre de vous égarer, ajoutât-il avec un sourire sinistre, je me charge de si bien marquer la route que vous suivrez qu'il vous sera impossible de ne pas la reconnaître.

—Je vous remercie de ce renseignement, chef, je le mettrai à profit, soyez-en certain,» fit-il avec ironie.

Le Guaycurus sourit sans répondre, mais, enfonçant les éperons dans les flancs de sa monture, il lui fit exécuter un saut énorme et disparut presque instantanément dans les hautes herbes.