«Mon frère a fait une longue traite pour arriver ici; il acceptera l'hospitalité du chef; les Payagoas aiment les Guaycurus, ils sont frères.

—J'accepte l'offre gracieuse du chef,» répondit le capitão.

Emavidi-Chaimè frappa dans ses mains; un esclave accourut. Le chef lui ordonna de prendre soin du cheval de Diogo. Il congédia d'un geste la foule arrêtée devant sa porte et introduisit son hôte dans la maison dont il ferma l'entrée avec une claie, recouverte d'un cuir de bœuf, pour éviter les regards curieux des oisifs rassemblés dans la rue et qui s'obstinaient, malgré son ordre, à ne pas s'éloigner.

La cabane du chef était spacieuse, bien aérée, propre et disposée intérieurement avec une intelligence peu commune; quelques meubles grossiers, tels que tables, bancs et tabourets, la garnissaient seuls.

Dans un angle éloigné de la pièce, les esclaves se livraient à certains travaux sous la direction de la femme du chef.

Sur un signe d'Emavidi, elle vint avec empressement souhaiter la bienvenue à l'étranger et lui offrir tous les rafraîchissements dont elle supposait qu'il devait avoir besoin.

L'hospitalité est parmi les Indiens la loi la plus sacrée et la plus inviolable.

Cette femme se nommait Pinia-Paï (l'étoile blanche). Elle était grande, bien faite; ses traits étaient fins et intelligents, sans être complètement beaux; l'expression de sa physionomie était douce; elle paraissait avoir vingt-deux ou vingt-trois ans au plus.

Son costume se composait d'une pièce d'étoffe rayée de plusieurs couleurs, qui l'enveloppait assez étroitement depuis la poitrine jusqu'au pieds, serrée aux hanches par une ceinture fort large nommée ayulate, d'un rouge cramoisi. Cette ceinture est blanche chez les jeunes filles, et elles ne doivent la quitter que lorsqu'elles se marient. Pinia-Paï n'était ni peinte ni tatouée; ses longs cheveux noirs, tressés à la mode brésilienne, tombaient presque jusqu'à terre; de petits cylindres d'argent, enfilés au bout les uns des autres et formant une espèce de chapelet, entouraient son cou; des plaques de métal, attachées sur sa poitrine, voilaient à demi les seins, et de larges demi-cercles en or étaient suspendus à ses oreilles.

Sous ce costume pittoresque, cette jeune femme ne manquait pas d'une certaine grâce piquante et devait, ce qui arriva en effet, paraître charmante au capitão, Indien lui-même, et qui prisait surtout le genre de beauté qui distingue les femmes de sa race.