Avec une célérité pleine d'égard, l'Étoile-Blanche eut, en un instant, fait garnir la table de mets dont l'abondance faisait excuser la frugalité, car ils ne se composaient que de laitage, de fruits, de poisson bouilli et de viande séchée au soleil et rôtie sur les charbons ardents.
Diogo, sur l'invitation du chef, se mit en devoir de faire honneur à ce repas improvisé dont il commençait à sentir intérieurement la nécessité après la longue nuit qu'il avait passée à galoper à travers la plaine.
Le chef, bien que lui-même ne prît aucune part au repas, excitait son hôte à manger, et le capitão, dont l'appétit semblait croître en raison de ce qu'il engloutissait, ne se faisait pas prier pour attaquer vigoureusement tous les plats.
D'ailleurs, à part la faim qu'éprouvait Diogo, il savait que ne pas manger beaucoup lorsqu'on est invité à la table d'un chef est considéré par celui-ci comme une impolitesse et presque une marque de mépris; aussi, comme il lui importait de gagner les bonnes grâces du capitão et de s'en faire un ami, faisait-il des efforts réellement prodigieux pour absorber le plus possible de victuailles.
Cependant, il arriva un moment où, malgré toute sa bonne volonté, force lui fut de s'arrêter.
Emavidi-Chaimè, qui avait suivi avec intérêt les prouesses accomplies par son hôte, semblait charmé; il lui offrit alors, en guise de digestif, du tabac contenu dans un long tuyau de feuilles de palmier roulées, et les deux hommes se mirent à fumer et à s'envoyer réciproquement, dans le plus grand silence, des bouffées de fumée au visage.
Dès que sa présence n'avait plus été nécessaire auprès de son hôte, l'Étoile-Blanche s'était discrètement retirée dans un autre compartiment de la case, en faisant signe à ses esclaves de la suivre, afin de laisser aux deux hommes liberté complète de causer entre eux.
Cependant un laps de temps assez long s'écoula avant qu'une seule parole fût échangée; la nature des Indiens est contemplative et a beaucoup de rapport avec celle des Orientaux. Le tabac produit sur eux l'effet d'un narcotique, et s'il ne les endort pas complètement, du moins il les plonge pour un temps assez long dans une espèce d'extase somnolente pleine de douces et voluptueuses rêveries, qui a de grands rapports avec le kief des Turcs et des Arabes.
Ce fut Emavidi-Chaimè qui, le premier, rompit le silence.
«Mon frère, le Grand-Sarigue, est porteur pour moi d'un message de Tarou-Niom? dit-il.