—De plus, ajouta Diogo qui connaissait la répulsion que les Indiens éprouvent pour les nègres et la profonde terreur que leur vue leur inspire, chaque détachement de guerre est suivi d'une quantité considérable de Coatas—nègres,—qui ont fait le redoutable serment de massacrer tous les guerriers payagoas et d'enlever leurs femmes et leurs filles dont ils prétendent faire leurs esclaves.
—Oh! Oh! fit le chef avec un sentiment d'épouvante mal dissimulé, les Coatas ne sont pas des hommes, ils ressemblent au génie du mal. L'avertissement de mon frère ne sera pas perdu; ce soir même les femmes et les enfants abandonneront le village pour se retirer dans le Llano de Manso, et les guerriers se mettront en marche pour le gué de Camato, suivis de toutes les pirogues de guerre. Il n'y a pas un instant à perdre.»
Diogo se leva.
«Le Grand-Sarigue part-il donc déjà? demanda le chef en se levant aussi.
—Il le faut, chef; Tarou-Niom m'a recommandé de faire la plus grande diligence.
—Epoï! Mon frère remerciera le grand capitão des Guaycurus: son avis sauve la nation des Payagoas d'un massacre complet.»
Les deux hommes sortirent. Sur l'ordre d'Emavidi-Chaimè, un esclave amena le cheval de Diogo; celui-ci sauta en selle, échangea quelques paroles encore avec le chef, puis ils se séparèrent.
Le capitão était radieux; jusque-là tout lui avait réussi au delà de ses espérances; non seulement il connaissait les projets de l'ennemi, mais encore il avait appris que les Paulistas, entrés tout à coup en campagne, pourraient, à un moment donné, leur venir en aide si, toutefois, il parvenait à persuader au marquis de renoncer à s'opiniâtrer davantage dans l'exécution d'un voyage que tout rendait impossible; de plus, il avait empêché la jonction des deux nations indiennes, ce qui, en conservant libre le passage des fleuves, offrait une chance de salut à la caravane, chance bien faible, il est vrai, mais qui n'en était pas moins positive.
Diogo sortit au petit pas du village, plongé dans ces réflexions couleur de rose et ne désirant plus qu'une chose: rejoindre le plus vite possible ses compagnons afin d'apprendre au marquis ce qu'il avait à craindre et à espérer.
Lorsque le soldat vit se dérouler devant lui la plaine déserte, il se pencha sur le cou de son cheval, rafraîchi et reposé par deux heures de repos, lui fit sentir l'éperon et commença à filer avec la rapidité du vent, piquant droit à la colline où campait le marquis.