Le mamaluco mit pied à terre, jeta le lasso, attira à lui le cadavre, et le regarda. Son étonnement fut grand, lorsque, dans ce corps mutilé, à demi dévoré déjà par les caïmans, il reconnut le Grand-Sarigue, ce même guerrier que Tarou-Niom avait quelques heures auparavant, expédié aux Payagoas.

Le doute n'était pas possible sur la cause de la mort de l'Indien; une large plaie béante derrière le cou montrait assez qu'il avait été assassiné par surprise.

Le métis laissa là le cadavre sans s'en occuper davantage, remonta à cheval et reprit sa course, course d'autant plus rapide, que, puisque le messager était mort, il n'avait pu remplir son message, lacune involontaire qu'il était important de réparer.

Seulement, qui avait tué le Grand-Sarigue, dans quel but ce meurtre avait-il été commis? Voilà ce que le métis ne réussissait pas à s'expliquer, et ce qui le tourmentait fort.

Sur ces entrefaites, il croisa un cavalier venant du village des Payagoas où lui-même se rendait, et dont il n'était éloigné que d'une lieue à peine; et, chose extraordinaire, ce cavalier était l'homme qu'il avait trouvé mort et à demi dévoré quelques instants auparavant!

L'affaire prenait des proportions inquiétantes; le métis ne savait plus que penser, il se demandait s'il ne s'était pas trompé, si le cadavre qu'il avait découvert était bien celui du Grand-Sarigue, ou si ses yeux ne l'avait pas induit en erreur.

Tout à coup une idée lumineuse lui traversa l'esprit. Il y avait trahison évidemment: l'homme qu'il avait rencontré portait un déguisement. Alors une lueur jaillit de son cerveau et tout fut aussi clair pour lui que s'il avait assisté à ce qui s'était passé.

Un homme seul pouvait parvenir à une aussi rare perfection de costume et d'allure, cet homme était Diogo.

Aussitôt que cette pensée fut venue au métis, elle se changea en certitude dans son esprit. Écumant de rage d'avoir été ainsi pris pour dupe et brûlant de se venger, il fit brusquement tourner bride à son cheval et se lança éperdument à la poursuite de son ennemi.

Mais pendant que Malco faisait ces réflexions tout en galopant, et de déduction en déduction arrivait enfin à la vérité, un temps assez long s'était écoulé, temps que l'Indien avait mis à profit pour prendre de l'avance et préparer une ruse qui l'aidât à échapper si, comme il en avait le pressentiment, le métis le poursuivait.