Cependant la course continuait toujours, on apercevait au loin, au dernier plan de l'horizon, la colline au sommet de laquelle les Brésiliens avaient assis leur camp. Évidemment, les sentinelles des blancs postées sur les arbres devaient distinguer, bien que vaguement encore, les péripéties singulières de cette lutte étrange, sans en comprendre les motifs.
Il fallait en finir, d'autant plus que, chose extraordinaire, les Guaycurus demeuraient invisibles et laissaient ainsi supposer qu'ils avaient reconnu l'inutilité d'un plus long blocus et avaient renoncé au siège de la forteresse improvisée.
Cette solitude et cet abandon, qu'il ne s'expliquait pas de la part de ses alliés et dont les motifs lui échappaient, inquiétaient le métis.
Enfin, la distance entre les deux cavaliers devint si minime, qu'ils ne se trouvèrent bientôt qu'à portée de pistolet l'un de l'autre.
Malco Díaz arma sa carabine, l'épaula, et, sans ralentir l'allure de son cheval, il lâcha la détente.
Le cheval de Diogo, frappé en plein corps, fit un bond prodigieux en avant, se leva convulsivement sur ses pieds de derrière, poussa un hennissement de douleur et se renversa en arrière, en entraînant son cavalier dans sa chute.
Malco jeta sa carabine et arriva comme la foudre, avec un rugissement de triomphe, sur son ennemi gisant immobile sur le sol.
Sautant immédiatement à terre, il s'élança vers lui par un bond de tigre et leva son poignard pour l'achever, au cas où il ne serait pas tout à fait mort.
Mais son bras retomba inerte à son côté, et il se redressa avec un hurlement de désappointement et de rage.
Au même instant, il fut vigoureusement saisi à bras le corps par derrière et renversé sur l'herbe, avant qu'il eût seulement eu le temps d'essayer de résister.