«Eh! Eh! Compagnon, lui dit alors la voix railleuse de Diogo, car c'était lui qui le tenait cloué au sol et lui appliquait le pied sur la poitrine. Comment trouvez-vous celui-là? C'est bien joué, n'est-ce pas?»

Voici ce qui était arrivé:

Diogo avait promptement reconnu que s'il continuait à fuir en ligne droite, son ennemi, monté sur un cheval frais ne tarderait pas à l'atteindre et que même, au cas où il lui échapperait, il tomberait inévitablement aux mains des Guaycurus.

Il avait donc calculé sa fuite de façon à biaiser peu à peu d'une manière insensible d'abord, afin d'éviter l'endroit où il supposait que ses ennemis avaient établi leur camp et à tourner complètement la forteresse.

Ce premier stratagème avait parfaitement réussi; Malco Díaz, aveuglé par le désir d'atteindre son ennemi, l'avait suivi dans les détours qu'il lui plaisait de faire, sans songer à se rendre compte du chemin qu'il prenait; cela expliquait l'absence, incompréhensible pour Malco, de ses alliés.

Puis l'Indien, arrivé à l'angle d'un bois, s'était jeté à terre et avec cette dextérité si remarquable que possèdent ceux de sa race, il avait, en quelques minutes, confectionné un mannequin avec des herbes, l'avait recouvert des vêtements qu'il portait lui-même; puis, après l'avoir solidement attaché sur le dos du cheval, sous la selle et aux flancs duquel il avait placé des épines tranchantes, il avait lancé l'animal dans la direction qu'il devait suivre; quant à lui, il avait continué sa route en courant, tout en ayant grand soin de demeurer toujours hors de vue.

C'était quelques instants après sa sortie du bois que, pour la première fois, Malco Díaz avait aperçu le cheval qui détalait d'autant plus rapidement devant lui que le poids qu'il portait maintenant était beaucoup moins lourd.

Cette explication que Diogo, d'un air narquois, donna en quelques mots au métis augmenta encore la fureur de celui-ci.

«Vous avez tué un cheval que j'aimais, ajouta l'Indien, une noble bête que je remplacerai difficilement, je devrais vous tuer, Malco, mais nous avons dormi longtemps côte à côte, nous avons partagé la même nourriture; je ne rougirai pas mon couteau de votre sang.

—Vous aurez tort, Diogo, répondit sourdement le métis, car, aussi vrai qu'il y a un Dieu au ciel, je vous jure qu'à la première occasion je vous tuerai, moi.