Le chef guaycurus réfléchit un instant.

«Oui, reprit-il enfin, c'est à ces deux sentiments seuls qu'on doit s'adresser lorsqu'on veut s'allier à ces chiens sans foi; mais ce mamaluco n'est-il pas un Paulista?

—Non, c'est au contraire un Sertanejo.

—Les blancs, n'importe à quelle classe ils appartiennent sont toujours mauvais; quelle garantie ce Malco a-t-il donnée au capitão des Payagoas?

—La meilleure que je pusse désirer; son fils, qu'il avait chargé de me porter son message, est venu dans mon village avec deux esclaves noirs; un esclave est reparti, mais l'autre est demeuré avec l'enfant, entre les mains de mes guerriers.

—Bon, répondit Tarou-Niom avec un geste de satisfaction, je reconnais à ce trait la prudence de mon frère Emavidi-Chaimè; si le père est un traître, l'enfant mourra.

—Il mourra.»

Le silence régna de nouveau pendant un laps de temps assez long entre les deux interlocuteurs.

Le soleil avait complètement disparu, l'ombre couvrait la terre, les ténèbres enveloppaient comme d'un linceul funèbre la forêt où se trouvaient les deux hommes; déjà, dans les profondeurs inexplorées du désert, de sourds rugissements commençaient à retentir et annonçaient le réveil des hôtes sinistres de la nuit.

L'esclave qui était un Indien mundrucus, sur l'ordre de son maître Tarou-Niom, le capitão des Guaycurus, car les Indiens de cette nation ont adopté les titres portugais, rassembla du bois sec, en forma une espèce de bûcher entre les deux chefs et y mit le feu, afin que la lueur éloignât les bêtes fauves.