—Que le guerrier parle, des capitãos l'écoutent; ils jugeront de la franchise de ses paroles.
—Fort bien. Voici pourquoi je vous ai de prime abord adressé cette question: je sais la loyauté que vous apportez dans toutes vos transactions, même avec les blancs, malgré la haine que vous avez pour eux; si vous consentiez, comme on vous en prie, je le sais depuis quelques jours, à prolonger la trêve, je n'aurais rien à vous proposer, par la raison toute simple que vous refuseriez, j'en suis convaincu d'avance, de m'accorder votre concours contre des gens avec lesquels vous seriez en paix et que nulle considération ne vous persuaderait de trahir. Vous voyez que je vous parle loyalement.»
Ces paroles, qui témoignaient du respect des Indiens pour la foi jurée et de l'honnêteté qu'ils apportent dans leurs relations avec leurs mortels ennemis, furent, malgré l'éloge qu'elles renfermaient, écoutées froidement et presque avec indifférence par les deux chefs.
«Deux soleils déjà se sont écoulés, répondit fièrement le Guaycurus depuis que j'ai fait signifier aux Paulistas la rupture de la trêve.»
Malco Díaz, si maître qu'il fût de lui-même, ne put contenir un geste de satisfaction à cette déclaration si nette et si péremptoire.
«Ainsi, vous avez recommencé la guerre? dit-il.
—Oui, répondit simplement l'Indien.
—Alors, tout est bien, fit le métis.
—J'attends, reprit le Guaycurus.
—La nuit s'avance, le Sertanejo n'est pas venu aussi vite au rendez-vous que lui-même a donné, pour parler de choses futiles aux puissants capitãos, ajouta le Payagoas.»