Malco Díaz sembla se recueillir pendant quelques minutes, puis il reprit la parole.
«Je puis compter sur mes frères? dit-il en jetant aux Indiens un regard de vipère sous ses sourcils croisés.
—Nous sommes des guerriers, que le mamaluco s'explique; si ce qu'il veut faire peut être avantageux à la guerre qui recommence, nous le servirons en nous servant nous-mêmes, répondit Tarou-Niom, en éteignant un sourire de mépris entre ses lèvres serrées.»
Le métis connaissait trop bien les Indiens pour ne pas comprendre l'intention ironique des paroles prononcées par le chef guaycurus. Cependant, il sembla ne pas avoir saisi cette intention, et il reprit d'un ton dégagé:
«Je vous amène une caravane nombreuse, d'autant plus facile à surprendre que n'ayant point la moindre méfiance et croyant que la trêve existe toujours, elle marche presque sans se garder.
—Ah! firent les deux Indiens.
—Oui, reprit Malco, je suis d'ailleurs d'autant plus certain de ce que j'avance, que depuis deux lunes, c'est-à-dire depuis le jour où cette caravane a quitté Nelherohy[2], c'est moi qui lui ai servi de guide.
—Bon, ainsi le doute n'est pas possible? dit le Guaycurus.
—En aucune façon.
—Et vers quel pays se dirige cette caravane?