—Je suis heureux, Excellence, de vous voir partager mon opinion; seulement, permettez-moi de vous dire que je n'ai pas de soupçons.
—Comment, vous n'avez pas de soupçons? s'écria le marquis avec surprise.
—Non, j'ai une certitude.
—Une certitude! Et vous ne m'en avez rien dit jusqu'à présent.
—Excellence, c'est toujours une chose fort sérieuse que de dénoncer un homme et de l'accuser, lorsque surtout on n'a à l'appui de cette accusation à montrer aucune preuve matérielle; j'ai une certitude morale, oui, mais il me serait impossible de prouver ce que j'avance en ce moment devant vous.»
Le marquis laissa tomber sa tête sur la poitrine et demeura silencieux pendant quelques instants.
«Mais, reprit-il, cette certitude morale dont vous me parlez se base sur des indices quelconques?
—Oh! Les indices ne manquent pas, Excellence; malheureusement, ces indices paraîtraient bien futiles si je les révélais à des personnes qui ne fussent pas prévenues; voilà pourquoi je me suis abstenu de vous rien dire avant que vous m'interrogeassiez.
—Peut-être avez-vous eu raison d'agir ainsi, don Diogo, mais maintenant la position est changée; c'est moi qui de mon propre mouvement vous ai demandé cet entretien; la situation dans laquelle nous nous trouvons est critique, elle peut le devenir davantage encore, ne craignez donc pas de vous expliquer nettement avec moi.
—Je le ferai, puisque vous le désirez, Seigneurie; d'ailleurs, quoi qu'il arrive, j'ai pour moi la conviction de faire mon devoir, et cela me suffit, quand même Malco parviendrait à prouver à Votre Excellence que je ne lui ai pas dit la vérité.