—Oui, oui, tout cela est vrai; mais, croyez-moi, Seigneurie, si Malco nous a aussi brusquement quittés, c'est qu'il avait de fortes raisons pour cela, qu'il nous a sans doute conduits juste au point où il voulait nous faire arriver, et qu'il a près d'ici des affidés avec lesquels il prépare notre perte.

—Je le crois comme vous, don Diogo; mais quels sont ces affidés? Où sont-ils embusqués? Voilà ce que je ne saurais dire, et cependant ce qu'il serait fort important pour nous de savoir, et cela le plus tôt possible.»

Le capitão sourit avec finesse.

«Seuls les oiseaux et les poissons ne laissent pas de traces de leur passage, dit-il; si adroit que soit un homme, on peut toujours, en s'en donnant la peine, découvrir sa piste.

—Ainsi, vous vous feriez fort de savoir où cet homme s'est retiré?

—Parfaitement, Excellence; malgré les précautions dont il a entouré sa fuite et le soin qu'il a pris pour cacher sa piste, je suis certain de la découvrir en moins d'une heure, et cela d'autant plus facilement que depuis longtemps déjà je le surveille et que j'ai étudié ses habitudes.

—Malheureusement, avant de rien entreprendre, il nous faut attendre le lever du soleil, et la nuit lui suffira pour se mettre à l'abri de notre atteinte.

—Pourquoi attendrions-nous jusqu'à demain, Excellence? Je vous prie de me pardonner d'oser vous interroger.

—Dame, il me semble que pour découvrir une piste, serait-elle même très bien indiquée, la première condition est d'y voir clair, et en ce moment nous sommes enveloppés de ténèbres d'autant plus épaisses que la nuit est sans lune.

—Ceci est de peu d'importance, Seigneurie, répondit en souriant le capitão; pour un homme accoutumé, ainsi que je le suis, à parcourir le désert à toute heure et dans tous les sens, les ténèbres n'existent pas.