—Ainsi, s'écria le marquis avec un vif mouvement de satisfaction, si je vous ordonnais de monter à cheval?...
—J'y monterais à l'instant, Seigneurie.
—Et vous me rapporteriez des nouvelles?
—Cela ne fait pas de doute, ne suis-je pas un Indien moi-même, Excellence, un Indien civilisé, il est vrai, mais cependant j'ai conservé assez de la sagacité qui distingue la race à laquelle j'appartiens, pour ne pas craindre d'échouer dans une démarche qui, quoiqu'elle vous semble très difficile à mener à bien, n'est pourtant pour moi qu'un jeu d'enfant.
—Puisqu'il en est ainsi, don Diogo, mettez-vous donc en selle le plus tôt possible, et allez, au nom du ciel; j'attends votre retour avec la plus vive impatience.
—Avant le lever du soleil, je reviendrai, soyez sans inquiétude, Excellence, et avec de bonnes nouvelles; mais j'ai besoin que vous me laissiez conduire cette affaire à ma guise.
—Agissez comme vous le voudrez, capitão, je m'en rapporte à votre finesse et à votre loyauté.
—Je ne tromperai pas votre attente, Seigneurie,» répondit le capitão en se levant.
Le marquis l'accompagna jusqu'au rideau de la tente, puis il revint s'asseoir; mais, après quelques minutes de réflexion, il se leva brusquement, sortit et se dirigea à grands pas vers la tente mystérieuse dont nous avons déjà eu occasion de dire quelques mots, et dans laquelle il entra après s'être fait reconnaître par les sentinelles qui avaient été, sur son ordre exprès, chargées de veiller sur elle.
Cette tente, beaucoup plus vaste que celle dressée pour le marquis, était divisée en plusieurs compartiments par des murailles de toile ingénieusement adaptées, et ressemblait plutôt, pour le luxe et le confort, à une habitation disposée pour durer plusieurs mois, qu'à un campement éphémère de quelques heures.