Le compartiment dans lequel s'était introduit le marquis était garni de sofas: un tapis recouvrait le sol, et une lampe d'argent curieusement ciselée, posée sur un meuble, répandait une lumière douce et mystérieuse.

Une jeune négresse d'une vingtaine d'années, à la mine éveillée et à la tournure friponne, s'occupait, à l'entrée du marquis, à agacer un magnifique ara posé sur un perchoir de bois de rose, où il était retenu par une chaîne d'or attachée à l'une de ses pattes.

La négresse, sans interrompre l'occupation dans laquelle elle semblait se complaire, et tout en faisant pousser à l'oiseau des cris discordants, se pencha nonchalamment vers le marquis, en se tournant à demi de son côté par un mouvement rempli d'une suprême insolence, laissa filtrer un regard railleur entre ses longs cils et attendit qu'il lui adressât la parole.

Le marquis, sans paraître remarquer l'attitude hostile arborée par l'esclave, fit quelques pas vers elle et, la touchant légèrement du doigt:

«Phœbé, lui dit-il en espagnol, vous plairait-il de remarquer ma présence?

—Que me fait votre présence à moi, señor marqués, répondit-elle en haussant légèrement les épaules.

—A vous, rien, Phœbé, c'est vrai, aussi n'est-ce pas pour vous que je suis venu, mais pour votre maîtresse, à laquelle je vous prie d'annoncer sans plus de retard ma présence.

—A cette heure?

—Pourquoi pas?

—Parce que doña Laura, fatiguée à ce qu'il paraît par le long trajet qu'il lui a fallu faire aujourd'hui, s'est retirée en m'ordonnant de ne laisser personne parvenir jusqu'à elle, et que, selon toute probabilité, elle s'est immédiatement livrée au repos.»