Une rougeur fébrile envahit le visage du marquis, ses sourcils se froncèrent à se joindre; il fît un geste de colère, mais, comprenant sans doute le ridicule d'une scène avec une esclave qui accomplissait un ordre donné, il se maîtrisa aussitôt et, s'inclinant avec un sourire:
«C'est bien, dit-il en haussant avec intention légèrement la voix, votre maîtresse est libre chez elle d'agir à sa guise; je ne me permettrai pas d'insister davantage, seulement cet entretien que depuis quelques jours elle me refuse avec une si grande obstination, je saurai là contraindre à me l'accorder.»
A peine avait-il prononcé ces paroles qu'un rideau fut soulevé, et doña Laura entra dans le salon:
«Vous me menacez, je crois, don Roque de Castelmelhor,» dit-elle d'une voix incisive et fière.
Et s'adressant à la jeune esclave:
«Retire-toi, Phœbé, ajouta-t-elle; mais ne t'éloigne pas assez pour que, si j'avais besoin de toi, tu ne pusses accourir aussitôt.»
Phœbé baissa la tête, jeta un dernier regard au marquis et sortit du salon.
«Maintenant, señor caballero, reprit doña Laura dès que l'esclave eut disparu, parlez, je vous écoute.»
Le marquis s'inclina respectueusement devant elle.
«Pas avant, señorita, que vous ayez daigné prendre un siège.