—Bah! fit le Castor, avec un bon rifle et un œil sûr on vient à bout de bien des choses, et sept hommes déterminés en valent cinquante dans la Prairie. Et puis, pouvions-nous laisser notre fils adoptif sans secours lorsqu'il réclamait notre aide?

Tous les chasseurs se récrièrent en protestant de leur dévouement au Faucon-Noir.

—Depuis vingt ans que nous arpentons les llanos dans tous les sens, reprit le Castor, notre plus grande joie a été de voir grandir à nos côtés et devenir un hardi et vigoureux chasseur l'enfant chétif et malingre que nous avons sauvé si miraculeusement lors de l'incendie de l'hacienda del Toro. Nous avons fait le serment solennel de nous dévouer à son bonheur: le moment est arrivé, hésiterons-nous?

—Nous ne le pouvons ni ne le devons, dit Fleur-de-Genêt.

—Bien parlé! s'écria le Castor. Et maintenant, frères, soupons.

La bosse de bison fut tirée du feu, posée sur une large feuille d'abanijo au milieu du cercle formé par les chasseurs. Chacun s'arma de son couteau, et ils commencèrent à manger de bon appétit.

—Cette affaire de l'hacienda n'a jamais été bien éclaircie, dit l'un d'eux en engloutissant une énorme tranche de bison saupoudrée de piment, et, dans l'intérêt de l'enfant, peut-être aurions-nous dû faire des recherches.

—Chut! répondit le Castor en baissant la voix, Tío Perico et moi nous nous en sommes occupés. Croyez-vous donc que je n'aie pas songé comme vous à retrouver la famille de notre cher enfant?

—Eh bien, demanda un des chasseurs, qui était resté silencieux jusque-là et qu'on appelait le Grand-Lièvre, qu'avez-vous découvert?

—Hélas! répondit Tío Perico, en secouant tristement la tête, ce que nous avons appris se borne à bien peu de chose.