«Encore des querelles, des disputes,» dit-il d'une voix brève et accentuée, «Caray! ne pouvez-vous vivre en bonne intelligence comme cela se doit entre honnêtes bandits?»
«Un des brigands hasarda une justification que le Niño interrompit aussitôt.
«Silence, fit-il, je ne veux rien entendre!... Vive Dieu! vous êtes là à vous goberger tranquillement autour du feu comme des moines idiots, sans plus songer à notre sûreté commune que si nous étions seuls dans l'univers!... Heureusement que j'ai toujours l'œil au guet, moi!... Où est passé l'homme auquel appartient le cheval que j'ai trouvé sous le hangar?»
«A cette parole, un frémissement involontaire s'empara de moi, et je réfléchis avec terreur à l'atroce position dans laquelle le hasard et mon mauvais destin m'avaient placé. En effet, cette position était des plus critiques, je me trouvais littéralement dans une souricière: nul moyen n'était en mon pouvoir pour m'échapper de ce coupe-gorge, et je recommandai tout bas mon âme à Dieu, tout en me promettant de vendre ma vie le plus cher possible à ces bandits, dont je connaissais trop bien la férocité pour conserver le moindre doute sur le sort qu'ils me réservaient si je tombais entre leurs mains.
«Cependant les salteadores, étourdis par le discours de leur chef, avaient saisi avec empressement leurs tromblons et leurs carabines.
«Nous ne savons où peut être l'homme dont vous parlez, dit un de ces brigands; à notre arrivée ici, la tour était déserte.
«—Possible, répondit le Niño; en tout cas, deux d'entre vous vont battre les abords de cette bicoque; peut-être est-il caché dans les environs.»
«Deux hommes sortirent, et le capitaine commença à se promener de long en large dans la salle en attendant leur retour.
«Au bout d'un instant ils revinrent.
«Eh bien! demanda-t-il.