«En ce moment je sentis la barre qui se courbait, ma main glissa, je laissai échapper mon arme, et, par un effort suprême, je parvins à me cramponner des deux mains à cette barre maudite, qui pliait, pliait toujours.

«Oh! m'écriai-je avec désespoir, tout plutôt qu'une telle mort!»

«Et, me roidissant avec une force surhumaine, je m'élançai pour atteindre le faîte de la muraille.

«Non! dit le capitaine avec un rire aigre et strident, tu mourras là comme un chien!»

«Et il me repoussa au dehors.

«Il se passa alors en moi quelque chose d'épouvantable; j'eus un moment d'angoisse terrible. La barre, devenue trop verticale, ne put me soutenir plus longtemps; malgré mes efforts frénétiques et désespérés, je sentis mes doigts crispés glisser lentement le long du fer, j'entendis un rire infernal, poussé sans doute par le bandit qui jouissait de mon supplice; alors, perdant tout espoir, je fermai les yeux pour ne pas voir le gouffre affreux dans lequel j'allais être précipité, et...

«—Et?... s'écrièrent tous mes auditeurs, intéressés au dernier point, et ne comprenant pas pourquoi je m'arrêtais.

«—Et je m'éveillai, messieurs, continuai-je, car tout ceci n'était qu'un rêve. Échauffé par mes nombreuses libations du soir, je m'étais endormi en sortant de Cadix, et la tête pleine d'histoires de voleurs, j'avais rêvé tout ce que je viens de vous raconter, tandis que non cheval, qui, heureusement pour moi, ne dormait pas et connaissait son chemin sur le bout du doigt, m'avait tout doucement conduit jusqu'à ma maison, à la porte de laquelle il s'était arrêté, ce qui m'avait réveillé en sursaut, et, grâce à Dieu, débarrassé de l'épouvantable cauchemar qui me tourmentait depuis plus de deux heures.»


[LA CRÉATION]