D'APRÈS LES INDIENS TÉHUELS

Il y a environ un an j'assistai à la Naca, c'est-à-dire la fête de la coupe des cheveux, dans le principal village du Grand-Lièvre; cette cérémonie, l'une des plus anciennes et des plus révérées des Indiens Téhuels, qui se prétendent descendus des Incas, se célèbre tous les ans vers la moitié du mois de janvier, qu'ils nomment ouwikari-oni, mois de valeur.

Le jour désigné pour la cérémonie, à l'endit-ha[1], les guerriers se rassemblèrent devant la hutte de la prière, tenant sur leurs bras les papous[2] âgés d'un an révolu, et restèrent plongés dans un profond recueillement jusqu'au moment où le soleil se leva radieux à l'horizon.

Alors les conques, les fifres, les chichikoués, en un mot, tous les instruments de musique indiens commencèrent à la fois un affreux charivari destiné à saluer l'apparition de l'astre du jour.

Le sayotkatta[3], vieillard vénérable, courbé par l'âge et les infirmités, sortit de la case, bénit les assistants, et se plaça debout devant la porte entre le totem et le calumet.

Le totem, ou kekeffiium, est la marque distinctive de chaque tribu, leur signe de ralliement et leur étendard lorsqu'elles sont en guerre.

Le totem représente l'animal emblème de la tribu, chacune ayant le sien propre.

C'est un long bâton avec des plumes de couleurs variées, attachées perpendiculairement de haut en bas; il est porté par le chef de la tribu.

Le calumet est une pipe dont le tuyau est long de quatre, de six, et même souvent de huit pieds; parfois il est rond, mais le plus souvent plat. Il est orné de chevelures humaines, d'animaux peints et de plumes d'oiseau et de porc-épic. Le fourneau du calumet est en marbre rouge ou blanc.

Comme c'est un instrument sacré, il ne doit jamais toucher la terre; aussi est-il, quand on ne s'en sert pas, placé sur deux bâtons fichés en terre dont les extrémités sont en forme de fourche.