«Une fois dans ce lieu de délices, l'homme, ému malgré lui par la majesté divine qui éclatait de toutes parts à ses yeux, tomba à deux genoux et resta en adoration pendant la nuit entière.
«Au lever du soleil, il se releva, le cœur raffermi par la prière, et résolu à tout entreprendre pour sauver sa race.
«Devant lui s'élevait la hutte habitée par la femme.
«Le Petit-Loup réfléchit que, probablement, elle ne tarderait pas à sortir pour remplir à une source peu éloignée la cruche destinée à ses ablutions du matin; alors il se cacha derrière le tronc d'un gigantesque nopal, et, l'œil fixé sur la hutte, le cœur rempli de crainte et d'espoir, il attendit.
«Au bout de deux heures, la femme sortit, portant une cruche sur son épaule et se dirigeant vers la source, l'air rêveur et le pas incertain.
«Le Petit-Loup la laissa s'approcher jusqu'à une faible distance de l'endroit où il se cachait, et alors, paraissant tout à coup devant elle, il se jeta à ses pieds en implorant son amour.
«La femme, effrayée à cette apparition subite d'un être inconnu, recula en poussant un grand cri, et voulut prendre la fuite.
«Mais le Petit-Loup la retint par sa robe de bison, et lui parla d'une voix si douce et si persuasive, que la femme, émue malgré elle, finit par l'écouter en souriant.
«Cependant, quelque pressantes que fussent les prières de l'homme, la femme ne voulait pas consentir à le suivre, et le Petit-Loup désespérait de vaincre sa résistance, lorsqu'il se souvint d'une petite boîte en écorce de chêne-liège pleine de graisse d'ours gris qu'il portait sur lui.
«A la vue de la graisse d'ours gris, la chose la plus précieuse qui existe, la femme ne se sentit pas le courage de résister plus longtemps. Honteuse et heureuse à la fois de sa défaite, elle cacha son visage dans le sein de l'homme, et pleura en se donnant à lui pour toujours.