«A cet instant, la voix terrible de Guatèchù résonna comme un tonnerre lointain dans l'Eskennane.

«Les deux amants, effrayés de l'énormité de leur faute, se cachèrent, éperdus, croyant pouvoir échapper au regard puissant du grand être.

«Mais il ne tarda pas à les découvrir; à l'aspect des coupables, un sourire d'une tristesse infinie obscurcit la face du Créateur; deux larmes jaillirent de ses yeux, et, sans leur adresser un mot de reproche, il les lança dans l'espace.

«Déjà depuis neuf jours et neuf nuits l'homme et la femme tombaient à travers les astres qui tressaillaient d'épouvante à la vue de cette chute incommensurable, lorsque la grande tortue de mer eut pitié des deux misérables, et, venant à la surface des grandes eaux, se glissa sous leurs pieds et les maintint immobiles.

«Alors le castor et la loutre prirent de la vase, du gravier et de la boue, en formèrent un ciment, et commencèrent à le coller sans relâche autour de l'écaillé de la tortue; ils travaillèrent tant, qu'ils finirent par former la terre ainsi qu'elle existe aujourd'hui.

«Voici pourquoi la tortue est sainte et révérée, car elle est le centre du monde, et son écaille le soutient.

«Nos premiers ancêtres sauvés par la tortue lui firent l'offrande de leurs chevelures.

«Telle est guerriers téhuels, l'histoire de la création du monde ainsi que nos pères nous l'ont enseignée d'âge en âge; révérons leur sagesse, et ne discutons pas leur croyance, que nous devons vénérer.»


Après avoir parlé ainsi aux Indiens attentifs, le vieillard serra son collier dans sa poitrine, ramena un pan de sa robe de bison sur son visage, et tomba dans une profonde rêverie.