—Oui, répondit le jeune homme, nous nous remettons en chasse. Mon frère a-t-il l'intention de nous accompagner?

—Non, mon cœur est triste; Niang[5] s'est appesanti sur moi.

—Que veut dire mon frère? lui serait-il arrivé un malheur?

—Mon frère ne me comprend-il pas? Ignore-t-il que le walkon[6] a vu couper ses ailes et se trouve prisonnier des guerriers de feu[7]? Ou bien me suis-je trompé et mon frère n'aime-t-il réellement que les bisons dont il mange la chair et dont il vend la peau? répondit l'Indien, dont le regard étincela comme celui d'un chat-tigre.

—Que mon frère s'explique plus clairement et alors je tâcherai de le comprendre, murmura le Faucon-Noir.

Il y eut un instant de silence. L'Indien semblait réfléchir profondément.

Enfin il releva la tète, rendit à son regard toute sa sérénité, et, d'une voix basse et mélodieuse:

—Pourquoi feindre de ne pas me comprendre, Kolixi[8]? dit-il; le petit oiseau qui chante dans mon cœur ne chante-t-il pas dans le tien? Pourquoi ne pas être franc? Un guerrier ne doit pas avoir la langue fourchue. Ce qu'un homme seul ne peut faire, deux peuvent le tenter et réussir. Que mon frère s'explique, les oreilles d'un ami sont ouvertes.

—Mon frère a raison, je ne tromperai pas son attente; oui, j'ai dans le cœur un petit oiseau qui me répète de douces paroles à chaque instant du jour; oui, je donnerais ma vie avec bonheur pour voir le Pigeon-Volant libre de prendre son essor vers les cases de ses pères; mais que peut la volonté d'un homme seul?

—Mon frère se trompe, il n'est pas seul; je vois à ses côtés les six plus terribles rifles de la prairie. Que me dit donc là mon frère? Ne serait-il plus le grand guerrier que je connais? Douterait-il de l'amitié de son frère rouge Nauchenanga, le grand sagamore des Comanches?