—Pourquoi mon frère se défie-t-il de moi? reprit le sorcier avec calme. Puis-je ignorer quelque chose? Je sais quelles raisons amènent ici mon frère; Guatéchù a parlé à son serviteur.
—Je n'ai pas de secrets, répondit l'Indien, mon père se trompe; tout à l'heure je ne savais ce que je disais.
—Mon frère vient à un rendez-vous donné par un ami, et il s'étonne qu'il le fasse attendre.
—Ooah! fit l'Indien, mon père sait tout.
—Cet ami est arrivé depuis longtemps déjà.
—Où est-il donc? s'écria le chef avec impatience et ne cherchant pas à dissimuler plus longtemps.
—Me voici! dit une voix mâle et sonore.
Et un homme sortant de l'ombre qui jusqu'alors l'avait dissimulé aux yeux de Nauchenanga, s'avança gravement vers lui.
—Néculpangue! dit le chef en se levant et s'inclinant avec respect devant le guerrier redouté dont la sagesse et la valeur étaient célèbres à juste titre dans les prairies de l'Ouest.
Ce personnage, dont le nom était devenu la terreur des Hispano-américains, était un homme de plus de soixante-dix ans, mais qui n'en paraissait pas encore cinquante; sa taille élevée, ses membres robustes, ses cheveux noirs comme l'aile du corbeau, dénonçaient une de ces natures d'élite sur lesquelles les atteintes du temps sont impuissantes et qui semblent créées tout exprès pour mener la rude vie des Pampas. Ses traits nobles et intelligents étaient remplis de finesse et de douceur; mais lorsqu'il fronçait ses épais sourcils noirs et qu'un sentiment de colère venait soudain l'animer, ses yeux lançaient de tels éclairs, que nul ne pouvait en supporter l'éclat.