Du reste, cet homme était un mystère que personne n'avait jamais pu approfondir; adoré des Indiens, qui l'aimaient et le craignaient comme un Dieu, aucune tribu ne pouvait se flatter de le compter au nombre de ses fils, car son teint et les lignes de sa figure, malgré le soin qu'il prenait de se peindre, portaient des signes infaillibles qui le faisaient reconnaître pour un descendant de la race blanche, et peut-être n'avait-il d'indien que le genre de vie qu'il menait. Il était apparu tout à coup au milieu des peaux-rouges, et s'était fait adopter par la grande nation des Comanches, sans que l'on sût ni qui il était ni d'où il venait. On ne lui connaissait pas de famille, et parfois il disparaissait des mois entiers sans qu'il fût possible de découvrir où il se retirait.

On racontait de lui des traits d'une audace inouïe et d'une témérité qui dépassait toute croyance.

D'une bonté inépuisable pour les Indiens, il était pour les blancs, et surtout pour les Mexicains, d'une férocité sans exemple, se plaisant à faire mourir ses prisonniers dans des supplices dont la barbarie raffinée inspirait la terreur même aux Indiens, bons maîtres pourtant en pareille matière.

Son costume avait un grand rapport avec celui des gambucinos, c'est-à-dire que c'était un bizarre assemblage des modes européennes et indiennes; il avait un fouet de commandement à la ceinture et tenait à la main un rifle précieusement damasquiné.

Après les accolades d'usage, Néculpangue prit la parole:

—Mon frère a fait un bon voyage, dit-il, Macachera[13] lui a été propice.

—Le grand tokki[14] des sachems de ma nation m'avait ordonné, j'ai obéi, répondit majestueusement le chef.

—Mon frère ne pouvait agir autrement, c'est un grand guerrier.

—Mon père est indulgent, il pardonnera les fautes que j'ai peut-être commises dans l'accomplissement de ma mission.

—Que mon frère parle, les oreilles d'un ami sont ouvertes.