—J'étais bien sûr que cette scélérate de hulotte nous porterait malheur!

A cette boutade, le Faucon-Noir sourit avec finesse, et, mettant deux doigts de sa main gauche dans sa bouche, il imita le chant de la hulotte avec une telle perfection, que le gambucino qui avait parlé leva machinalement les yeux vers le sommet des arbres.

A peine le chant avait-il cessé, qu'un bruit et un froissement de feuilles se fit entendre, et Rant-chaï-waï-mè, écartant les buissons, vint toute palpitante se jeter dans les bras du Faucon-Noir qui la pressa sur son cœur.

—Enfin tu m'es rendue! s'écria-t-il avec un accent impossible à rendre.

—Pour toujours! répondit-elle en cachant sa tête charmante dans son sein.

Don López ne put retenir un cri de rage, et il fit un effort terrible pour se débarrasser des liens qui le retenaient et s'élancer sur le chasseur; mais les gens qui l'avaient attaché savaient trop bien faire les nœuds et la corde était trop solide pour se rompre; au contraire le lasso lui entra si cruellement dans les chairs, qu'il retomba vaincu et désespéré sur le sol.

Le Faucon-Noir s'avança alors vers les retranchements.

Les gambucinos restés à la garde du camp avaient assisté avec une colère impuissante à ce qui s'était passé.

Le Faucon-Noir prit immédiatement possession du camp, plaça des sentinelles et laissa reposer sa troupe, car il comptait partir le lendemain pour se rendre au village des Iowaïs, dont le père de Rant-chaï-waï-mè était le principal chef.

Le soir, trois cents guerriers pawnies alliés du Faucon-Noir arrivèrent au camp, ce qui le mit à la tête d'une troupe d'élite, avec laquelle il pouvait hardiment traverser la Prairie sans craindre d'être insulté. Au coucher du soleil, une des sentinelles signala un nuage de poussière qui arrivait comme un tourbillon.