Bientôt on distingua, reluisant aux derniers rayons du soleil, les armes d'une troupe nombreuse d'Indiens qui accouraient au galop.
Le Faucon-Noir plaça ses hommes aux retranchements pour être prêt à repousser l'attaque qui sans doute le menaçait, et il attendit.
[IX]
LA LOI DES PRAIRIES.
Après l'interrogatoire de Pépé Naïpès, le conseil avait décidé qu'on enverrait demander secours aux Indiens Pieds-Noirs, aux Corbeaux, aux Omahas, aux Ottoës, enfin aux tribus alliées des Comanches, dont les loges se trouvaient aux environs, afin de pouvoir cerner toutes les routes et barrer tous les passages, et qu'aussitôt ces secours arrivés, Néculpangue et Nauchenanga se mettraient à la tête d'une expédition et partiraient immédiatement pour attaquer le camp des gambucinos.
Quelques heures plus tard les députés revinrent suivis chacun des guerriers d'élite des nations auprès desquelles ils avaient été envoyés, et, le jour suivant, au lever du soleil, les deux chefs comanches, à la tête de cinq cents hommes bien montés, se mirent en marche dans la direction de la colline de l'Oiseau-Noir. Le soir, au coucher du soleil, ils arrivèrent en vue du camp. C'étaient eux que la sentinelle des chasseurs avait aperçus.
Aussitôt ses préparatifs de défense terminés, le Faucon-Noir prit une escorte de deux cents Pawnies à cheval, laissa la garde du camp au Castor et descendit dans la plaine.
Les deux troupes indiennes rivales poussèrent de grands cris en se voyant, et, lâchant la bride à leurs chevaux, elles s'élancèrent avec furie l'une contre l'autre.
Certes, pour qui n'eût pas été au fait des mœurs singulières de la Prairie, cette façon de s'aborder eût paru une hostilité déclarée; il n'en était rien pourtant, car, arrivées à la portée l'une de l'autre, les deux troupes commencèrent à faire danser et caracoler leurs chevaux avec cette grâce et cette habileté qui caractérisent les Indiens, et, se déployant à droite et à gauche, elles formèrent deux vastes demi-cercles au centre desquels se trouvèrent les chefs.