Après avoir prononcé ces paroles, le jeune homme se remit à la tête de sa troupe et regagna son camp.
Néculpangue le suivit longtemps des yeux avec une émotion dont il ne pouvait se rendre compte; la voix du chasseur vibrait doucement au fond de son cœur et lui causait un charme indicible; enfin, lorsque les Pawnies eurent disparu au milieu des arbres de la colline, le vieux chef secoua la tête à plusieurs reprises comme pour chasser une pensée importune, et, reprenant l'impassibilité indienne, il s'occupa activement des préparatifs de la cérémonie du lendemain.
Au lever du soleil, un Indien comanche vint de la part des chefs de sa nation prévenir le Faucon-Noir que l'on attendait sa présence pour ouvrir la discussion.
Le chasseur fit immédiatement monter à cheval ses compagnons blancs, et, suivi d'une centaine de Pawnies qui lui servaient d'escorte et conduisaient au milieu d'eux don López désarmé, il se rendit dans la plaine. Rant-chaï-waï-mè, parée de ses plus beaux habits et rayonnante de bonheur, caracolait auprès de lui.
Les Comanches avaient, en quelques heures, improvisé un véritable village avec ses tentes en peaux de bisons alignées et formant des rues et des places.
A l'entrée du village se tenaient Néculpangue et tous les chefs alliés, accompagnés du devin, attendant l'arrivée du Faucon-Noir.
Aussitôt que celui-ci parut, le devin fait quelques pas à sa rencontre, précédé de deux enfants dont l'un frappait de toutes ses forces sur un chichikoué, et le second soufflait dans une conque, tandis que, derrière lui, quatre hommes portaient une longue perche dépouillée de son écorce, au sommet de laquelle se balançaient des chevelures humaines. Deux enfants d'une dizaine d'années conduisaient un asshata, et un troisième portait une bêche; derrière eux venait, gardé par quatre guerriers comanches, le pauvre Pépé Naïpès, qui lançait des regards effarés et qui était plus mort que vif.
Lorsque le sayotkatta fut arrivé à une dizaine de pas du chasseur, il s'arrêta, fit un signe, et la musique se tut.
Néculpangue et le Faucon-Noir firent quelques pas au devant l'un de l'autre, tenant une robe de bison déployée en signe de paix.
—Que Guatéchù, qui voit tout et sonde les cœurs, dirent-ils ensemble, écoute nos paroles; ce sont des sentiments de paix et d'amitié qui nous réunissent.