—Oah! mon frère s'est-il réellement emparé du chef des visages pâles? fit Nauchenanga d'une voix saccadée et en modérant avec peine la passion qui grondait au fond de son cœur.

—Il est là prisonnier dans son camp, ainsi que tous les hommes qu'il commandait, dit le jeune homme en indiquant le sommet de la colline.

—Et, reprit Nauchenanga avec un tremblement dans la voix et une certaine agitation, le walkon des Prairies bienheureuses...

—Le walkon est près de moi; est-ce qu'une squaw ne doit pas suivre son mari en tous lieux? répondit le Faucon-Noir avec un sourire tranchant comme une lame d'acier.

—Tu mens, chien! s'écria Nauchenanga avec fureur en levant son tomahawk sur la tête du chasseur: le Pigeon-Volant ne veut pas être la squaw d'un lièvre des visages pâles.

A cette insulte, le Faucon-Noir fit faire une volte à son cheval, et, saisissant son rifle, il coucha en joue le Comanche.

Une mêlée terrible et sans pitié allait s'engager entre les deux troupes, lorsque Néculpangue, qui jusqu'à ce moment avait assisté à l'entretien sans y prendre part, se jeta entre les deux rivaux, et, s'interposant dans la discussion avec cette autorité que lui donnaient son âge et sa réputation:

—Que mon frère comanche remette son tomahawk à sa ceinture, dit-il, des hommes ne se battent pas pour l'amour d'une femme lorsque de graves intérêts les réclament! Gardons notre courage pour lutter contre les visages pâles qui nous volent nos territoires de chasse, la hache doit être enterrée entre les enfants des prairies; mon frère le chasseur est jeune, mais c'est un grand chef au feu du conseil; qu'il retourne vers les siens, ma tribu campera ici, les tentes vont être dressées par mes fils, demain les chefs se rassembleront pour discuter au sujet des voleurs visages pâles dont mon frère s'est emparé, il assistera au conseil, Wacondah nous prêtera ses lumières pour que justice soit faite à tous et que les intérêts de mon frère le chasseur et ceux de mon fils soient sauvegardés.

—Bon! fit Nauchenanga, mon père a bien parlé.

—J'assisterai au conseil, répondit le chasseur avec fierté, non pas que j'admette que nul ait le droit de disposer de mes prisonniers, mais parce que je suis ami de la justice, et que jamais on ne me verra enfreindre les lois de la Prairie.