—Que votre volonté soit faite; cet homme est libre.

Le pauvre diable, qui depuis la veille ne vivait pour ainsi dire que par artifice, chancela un instant comme un homme ivre, et alla tomber évanoui au milieu des chasseurs.

—Maintenant, dit le Faucon-Noir, chefs, je vous remercie; je vois que ce sont réellement des sentiments de paix qui vous animent, je suis prêt à vous suivre.

Les chefs s'inclinèrent avec courtoisie, tandis que le devin, dont le rôle était terminé, se retirait et se perdait dans la foule des guerriers.

Néculpangue prit le Faucon-Noir par-dessous les bras, et le guida vers le feu du conseil, où des tabourets de nopal sculptés étaient rangés en cercle pour les chefs. Chacun prit place, et le calumet de paix fut apporté avec le cérémonial usité en pareille circonstance.

Le fourneau du calumet était fait d'une espèce de pierre ressemblant à du porphyre, son tuyau avait sept pieds de long et était orné de touffes de crins teints en rouge.

Le porte-pipe entra dans le cercle, alluma la pipe, la tourna vers le soleil, puis vers les différents points du compas; après quoi il la tendit à Néculpangue. Celui-ci fuma quelques bouffées, ensuite gardant le fourneau de la pipe dans sa main, il tendit l'autre bout au Faucon-Noir et à chacun dans le cercle. Lorsque tous eurent fumé, Néculpangue rendit le calumet au porte-pipe, et, se tournant vers le chasseur:

—Que mon frère parle, dit-il, nos oreilles sont ouvertes.

—Ce n'est pas à moi de parler, répondit le Faucon-Noir, c'est à mon frère le grand tokki des Comanches. J'attends la demande qu'il a à m'adresser à propos de mes prisonniers.

—Bon! reprit Néculpangue, je vais donc m'expliquer. Peu m'importe le sort des autres prisonniers blancs; mais, contre leur chef, je réclame la loi des Prairies, œil pour œil, dent pour dent.