—Je ne puis consentir à ce que demande mon frère, répondit simplement le chasseur; j'ai promis la vie sauve à mes prisonniers. D'ailleurs, que mon frère y réfléchisse, pour être passible de la loi des Prairies, il faut l'avoir enfreinte en commettant un meurtre sur un parent ou un ami de celui qui réclame l'application de la loi; et je ne sache pas que le chef blanc, qui ne connaît pas le tokki des Comanches, se soit souillé d'un meurtre sur quelqu'un des siens.

—Qu'en sais-tu, jeune homme? s'écria Néculpangue en se levant de son siège. Écoutez tous, ulmens et sachems de ma nation, il faut enfin que vous me connaissiez. Ce n'est pas un sang indien qui coule dans mes veines, le désespoir seul m'a obligé de me réfugier parmi vous et de réclamer l'adoption que vous m'avez si noblement accordée et dont je crois m'être rendu digne. Avant ce temps j'étais riche, heureux; j'avais un frère que j'aimais, une femme et un enfant que je chérissais; le misérable qui est devant vous a causé ma ruine et m'a pour toujours ravi le bonheur. Je demande, encore une fois, l'application de la loi des Prairies.

Tous les membres du conseil étaient atterrés. Don López, agité de mouvements convulsifs, le visage livide et défiguré par les remords, lançait autour de lui des regards empreints d'une terreur folle.

Néculpangue continua d'une voix vibrante, en le désignant d'un geste terrible:

—Chefs et guerriers indiens, mes frères, cet homme n'était guidé ni par la haine ni par la cupidité en commettant ces crimes; son but était d'épouser ma veuve. Que cet homme me démente, s'il l'ose. Je l'accuse devant vous du meurtre de don Estevan de la Fuente, mon frère; de l'incendie de ma maison, et, par suite, de la mort de mon fils et de ma femme bien-aimée; car je suis don Gutierrez de la Fuente. Me reconnais-tu, don López?

—Oui! oui! c'est lui! s'écria le Mexicain avec égarement.

—Pas de grâce, continua Néculpangue, œil pour œil, dent pour dent.

Un morne silence régnait dans l'assemblée; le Faucon-Noir baissait la tête avec découragement, renonçant malgré lui à défendre plus longtemps son prisonnier.

Tout à coup Rant-chaï-waï-mè, qui avait assisté, aux côtés du chasseur, à cette scène étrange, vint se placer devant don López, et lui présenta un poignard, en lui disant d'une voix émue:

—Je te pardonne ce que tu as fait contre moi, homme blanc; meurs comme un homme de cœur, tes victimes crient après toi. Wacondah te pardonnera peut-être, si ton repentir est sincère.