La plaza Mayor, sur un des côtés de laquelle s'élevait anciennement le palais de Motecuzoma et le grand Teocali, forme le centre de l'île la plus vaste du groupe.
Certains souterrains, contemporains des Incas, et que ceux-ci avaient creusés bien avant la conquête, pour établir de mystérieuses communications d'un point à un autre, existent encore dans cette partie de la ville; la plupart ont été comblés par les Espagnols, mais quelques-uns ont échappé à leurs recherches, et celui auquel aboutissait l'escalier sur la première marche duquel nous avons laissé l'inconnu était de ce nombre.
Après que le panneau se fut refermé derrière lui, l'inconnu décrocha la lampe suspendue à la voûte, en raviva la mèche et commença à descendre avec précaution les marches verdâtres et rendues glissantes par l'humidité de l'espèce de vis de pierre au sommet de laquelle il se trouvait.
Du reste, la descente ne fut pas longue, l'escalier ne se composait que de quinze marches; il aboutissait à un souterrain étroit, mais assez élevé pour qu'un homme pût y marcher debout sans crainte de se frapper la tète contre la paroi supérieure.
Il était impossible de juger de l'étendue de ce souterrain, qui, à quelque distance, faisait un coude brusque; l'inconnu l'avait sans doute plusieurs fois parcouru déjà, car aussitôt sa descente achevée sans encombre, il marcha résolument en avant, ayant toutefois la précaution de tenir sa lampe un peu élevée afin de se guider plus facilement; précaution fort nécessaire, car, de distance en distance, s'ouvraient à droite et à gauche des galeries qui semblaient s'enfoncer dans des directions diamétralement opposées, et qui, à moins d'une parfaite connaissance des lieux, empêchaient de se diriger avec certitude dans cette espèce de labyrinthe.
L'inconnu marcha pendant environ vingt minutes dans ce souterrain. Comme son pas n'avait point cessé d'être rapide et sûr, il devait avoir franchi une distance assez considérable malgré les détours nombreux qu'il lui avait fallu faire, lorsqu'enfin il s'arrêta devant les premières marches d'un escalier qui, cette fois, au lieu de descendre, s'élevait vers la voûte dans laquelle il s'enfonçait.
—Enfin! murmura l'inconnu avec un soupir de satisfaction.
Après avoir de nouveau ravivé la mèche de sa lampe, il la posa sur le sol dans l'angle de la première marche de l'escalier, s'arrêta un instant comme pour reprendre haleine, puis il monta. Comme le premier, cet escalier avait quinze marches; au sommet se trouvait une porte fermée par un ressort dissimulé adroitement, mais sur lequel l'inconnu posa la main sans hésiter, et qu'il fit jouer; aussitôt la porte s'ouvrit.
Un flot de lumière inonda le palier sur lequel l'inconnu se tenait toujours enveloppé dans son manteau; il entra et referma le panneau derrière lui; l'endroit où il se trouva était un salon ou plutôt un boudoir richement meublé, il était désert; mais à travers la porte, fermée seulement par une portière de cachemire blanc, on distinguait le bruit d'une conversation animée entre plusieurs personnes.
Après un instant de sombres réflexions, l'inconnu étouffa un soupir, appuya la main droite sur son cœur comme pour en comprimer les battements, et, faisant avec la plus grande précaution quelques pas en avant, il s'approcha de la porte, écarta légèrement la portière et regarda.