La demie après neuf heures sonna au Sagrario; à peine la vibration du timbre s'était-elle éteinte qu'un homme, enveloppé avec soin dans les plis d'un épais manteau et la tête couverte d'un chapeau en poil de vigogne, dont les larges ailes retombaient sur ses yeux et cachaient complètement son visage, quitta l'ombre d'un portal, où jusque-là il était demeuré invisible, et après avoir jeté un regard circulaire sur la place, il s'avança avec précaution, bien que d'un pas assez décidé, vers une échoppe d'évangelista (écrivain public), située vers le milieu à peu près de la galerie des Portales.

Arrivé devant l'échoppe, l'inconnu s'arrêta, regarda de nouveau d'un air soupçonneux autour de lui, et après un instant d'hésitation, il frappa deux coups légers contre la porte. Sans doute il était attendu, car, sans que le moindre bruit troublât le silence, cette porte s'entr'ouvrit assez pour livrer passage à l'inconnu et se referma aussitôt derrière lui.

La plus complète obscurité régnait dans l'échoppe; cependant l'inconnu y pénétra sans hésiter, la traversa dans toute sa longueur, et, arrivé au mur opposé, il le tâta un instant et fit jouer un ressort perdu dans la boiserie.

Une partie de cette boiserie se détacha, tourna lentement sur des gonds invisibles, et à la lueur tremblottante d'une lampe mourante suspendue dans l'intérieur de l'excavation, apparurent les premières marches d'un escalier en colimaçon qui semblait s'enfoncer brusquement dans le sol.

Avant de s'engager dans l'excavation, l'inconnu se retourna.

—Viens-tu? demanda-t-il à un homme, probablement celui qui lui avait précédemment ouvert la porte de l'échoppe, et qui se tenait à demi perdu dans l'ombre, à quelques pas de lui.

—Vous me retrouverez ici, répondit-il; vous n'avez nul besoin de moi.

—C'est juste, reprit l'inconnu, reste donc, et fais bonne garde.

Son interlocuteur ne répondit que par un grognement significatif, en remettant en place le panneau qui masquait l'escalier, et l'inconnu demeura seul. Nous l'avons dit plus haut, Mexico, cette Venise américaine, est bâtie au milieu d'un lac; ses quartiers s'élèvent sur des iles peu distantes les unes des autres et reliées entre elles par des pilotis; peu à peu, le niveau du lac s'est abaissé, les canaux se sont séchés pour la plupart, et, excepté les bas quartiers, où se rencontrent encore des mares fangeuses et fétides, l'eau a complètement disparu du sol, et les rues maintenant pavées laissent librement circuler les équipages, les cavaliers et les piétons.

Cependant, il ne faudrait pas creuser trop profondément la terre pour retrouver l'eau, si bien cachée qu'elle soit, et l'humidité est telle encore aujourd'hui dans la ville, que les rez-de-chaussée ne sont pas habités; ils servent seulement d'entrepôts et remplacent nos caves, excepté toutefois dans le centre de la ville, où les constructions ont été faites sur des iles d'une étendue relativement considérable.