Le président Miramón, la tête penchée sur la poitrine, était plongé dans de profondes et tristes réflexions, ne regardant ni à droite ni à gauche et se laissant aller au gré de sa monture, sur le cou de laquelle il laissait insoucieusement flotter les rênes. Précipité de si haut par un caprice de la fortune, il était encore tout froissé de sa chute, et comme tous les ambitieux, malgré l'évidence des faits qu'il lui fallait subir, il se flattait peut-être de ressaisir un jour le pouvoir qui lui avait été si traîtreusement ravi.
Le colonel Octave de Belval, plus au fait des machinations souterraines de l'ennemi que le président lui-même, veillait attentivement sur sa personne, tout en essayant de rassurer doña Carmen.
Le jeune officier redoutait non-seulement une trahison de troupes, mais encore une attaque de la part de don Torribio de Carvajal, qui probablement essaierait de lui enlever sa nièce.
La population, groupée sur le passage de l'armée, suivait silencieusement sa marche et semblait vouloir lui faire cortège jusqu'à l'extrémité de la ville.
Cependant, plus on approchait des faubourgs, plus l'aspect de la population changeait et prenait une physionomie menaçante. Des cris et des huées, faibles d'abord, mais qui augmentaient rapidement s'élevaient des groupes. Malgré les efforts des officiers, le peuple se pressait de plus en plus contre les soldats, rompait leurs rangs et se mêlait avec eux.
Bientôt le désordre fut complet. Les soldats, silencieux jusque-là et maintenus par un semblant de discipline, mêlèrent leurs vociférations à celles de la populace; la révolte commençait.
Miramón releva la tête.
—Que se passe-t-il donc? demanda-t-il.
—Ce que j'avais prévu, répondit le colonel; l'armée vous abandonne.
—Oh! s'écria le président avec un geste de colère; et, appuyant les éperons aux flancs de son cheval, il le poussa au milieu des émeutiers.