—Ah! ah! continua l'officier avec un accent railleur, en s'adressant à un des chefs des insurgés; comment! vous ici, don Torribio de Carvajal? Vive Dios! cher seigneur, je ne vous savais pas un si chaud partisan de notre illustre président Juárez.
Le vieillard, car c'était en effet lui, baissa la tête avec confusion.
—J'étais ici pour vous, général Saldana, dit-il.
—Oui, je sais, et pour essayer de rattraper le bel oiseau que vous teniez en cage et que vous avez laissé échapper, n'est-cè pas? Mais ceci me regarde. Colonel don Octavio de Belval, où êtes-vous? demanda-t-il à voix haute.
—Me voici, général, répondit froidement le jeune homme en faisant quelques pas en avant.
Le général l'examina un instant avec attention, puis, par un mouvement spontané, il lui tendit la main.
—Des hommes comme nous sont faits pour se comprendre tout de suite; lui dit-il affectueusement; ne soyez pas jaloux de moi, je vous rends justice; doña Carmen a bien fait de vous préférer à moi. Je ne prétends pas troubler votre bonheur; je veux, au contraire, vous servir.
—Mais, général, s'écria don Torribio.
—Silence, señor; Son Excellence le président Juárez vous exile dans votre hacienda del Palo Negro; j'ai ordre de vous y faire conduire immédiatement; de plus, vous êtes condamné à rendre à votre pupille la fortune qui lui appartient et que vous prétendiez lui ravir. Allez!
Don Torribio, atterré, se retira sans trouver un mot de réponse.