—Je le connais, fit Pincheyra, il y a longtemps que le capitán Marilaun et moi nous avons dormi côte à côte sous le même toldo comme deux frères qui s'aiment; je suis donc heureux de le voir.
—Et moi de même, répondit le chef en excellent espagnol, s'il n'avait dépendu que de ma volonté, depuis plusieurs mois déjà je me serais réuni à vous, chef parce que vous êtes brave comme le plus redoutable Ulmen de ma nation.
Don Pablo pressa la main du chef.
—Il ne me reste plus, caballero, reprit don Antonio, qu'à vous présenter cet officier.
—C'est inutile, caballero, interrompit vivement don Pablo; lorsqu'il en sera temps, lui-même se présentera en nous instruisant des motifs qui obligent sa présence parmi nous; veuillez maintenant s'il vous plaît, vous acquitter de la mission dont vous êtes chargés en nous faisant connaître le message dont vous êtes porteur pour nous.
—Señor caballero, reprit don Antonio Zinozain, le roi mon maître et le vôtre, satisfait des services que vous avez rendus à son gouvernement depuis le commencement de cette déplorable révolte, à daigné vous conférer le grade de colonel.
—Je remercie Sa Majesté de sa bien veillante sollicitude pour moi, répondit don Pablo avec un sourire sardonique, mais le grade qu'elle veut bien m'octroyer aujourd'hui, depuis longtemps déjà mon épée me l'a fait conquérir sur les champs de bataille, où j'ai versé comme de l'eau mon sang pour le soutien des droits de Sa Majesté sacrée.
—Je le sais, caballero; aussi n'est-ce pas à cette seule distinction que Sa Majesté borne ses faveurs.
—Je vous écoute, señor.
—Sa Majesté non seulement a résolu de placer sous vos ordres immédiats un corps de deux cents hommes de cavalerie régulière commandé par moi et d'autres officiers de l'armée, mais encore elle vous autorise, par un décret dûment signé par elle et enregistré à la chancellerie, de prendre pour le corps d'armée placé sous vos ordres le titre de Corps fidèle des chasseurs des montagnes, d'arborer le drapeau royal écartelé de Castille et de Léon, et de placer la cocarde espagnole sur les coiffures de vos soldats.