Par un hasard, prémédité sans doute par don Santiago, les sentinelles qui avaient été chargées de veiller à la sûreté commune étaient les deux Gauchos et le Guaranis, de sorte qu'il avait la certitude que le secret de son entretien avec le Français ne transpirerait pas.
Au bout de quelques minutes, les cavaliers furent en selle; le Pincheyra se mit à leur tête, et se tournant vers Émile en lui faisant un geste amical de la main.
—Adios, señor, et bonne chance, lui dit-il avec intention.
Le jeune homme lui rendit son cordial salut, et la petite troupe se mit en marche. Bientôt elle disparut à l'angle du sentier; le bruit de ses pas alla peu à peu en s'affaiblissant et ne tarda pas à s'éteindre tout à fait. Lorsque le silence fut complètement rétabli, Émile fit un signe à ses compagnons:
—Maintenant que nous sommes seuls, señores, dit-il, causons, car les circonstances sont graves. Tyro, allumez du feu, nous allons tenir un conseil à l'Indienne.
Le Guaranis ramassa le bois sec, l'empila avec soin, battit le briquet et bientôt une légère aigrette de flamme s'éleva gaiement vers le ciel.
Un silence de mort régnait dans la vallée, la brise s'était éteinte, il n'y avait pas un souffle dans l'air; le ciel noir comme de l'encre, n'avait pas une étoile, la nature semblait rassembler toutes ses forces pour livrer un combat plus terrible à la matière; dans les profondeurs inexplorées des quebradas, des bruits sourds et mystérieux s'élevaient parfois, se mêlant, à de longs intervalles aux sourds rugissements des fauves à l'abreuvoir.
Les quatre hommes s'accroupirent en rond autour du feu, allumèrent leurs cigarettes, et le jeune homme prit la parole après leur avoir rapporté ce qu'il croyait nécessaire de leur dire de l'entretien qui avait eu lieu entre lui et don Santiago.
—Maintenant, ajouta-t-il, répondez-moi franchement, puis-je compter sur vous pour tout ce qu'il me plaira de faire?
—Oui, répondirent-ils tout d'une voix.