Pendant qu’il était en train de maçonner, la pensée vint à Marcel d’exécuter un nouveau travail. Il songea à élever, en l’appuyant sur le mur de la porcherie, une cabane de deux mètres de haut, assez profonde, couverte en paille et pouvant être au besoin complètement close, surtout pendant l’hiver, et qu’il orienterait en plein midi. Il construisit sous cette cabane six espèces de supports en pierres cimentées, élevées de vingt centimètres du sol bien battu, en forme d’aire et d’une forme ronde.

Dès les premiers jours de son arrivée sur la corniche, Marcel avait aperçu beaucoup d’abeilles.

Pendant l’hiver, tout en se livrant à d’autres travaux plus importants, et pour occuper quelques rares loisirs, il avait construit en osier, avec une perfection rare, six ruches qu’il comptait bien utiliser.

Il manquait de sucre ; c’était pour lui une grande privation, car il était gourmand à ses heures. Il comptait sur son ami Pierrot et Mme Gigogne, au moment où ils sortiraient de leur sommeil hivernal, pour l’aider à découvrir des essaims et à se procurer du miel. Outre le sucre, les abeilles lui fourniraient de la cire, dont il saurait bien trouver l’emploi. C’était donc un rucher pour six essaims qu’il avait construit. Le moment venu, tout serait prêt pour recevoir et loger les précieux hyménoptères.

Ces travaux terminés, Marcel résolut d’établir dans l’allée qu’il avait plantée trois volières pour y enfermer les oiseaux, faisans, coqs de bruyère, gelinottes, perdrix et cailles qu’il ne pourrait laisser courir librement dans sa basse-cour.

Après avoir choisi une bonne exposition, il procéda à la construction de ces volières ; il les voulait fort grandes et carrées, ayant dix pieds de façade et douze pieds de haut. Voici comment il procéda :

Les fondations en furent établies en pierres cimentées, élevées de cinquante centimètres au-dessus du sol et larges de trente centimètres seulement. Les angles de chaque volière furent formés de solides pieux en chêne, arrondis et scellés dans la maçonnerie des fondations, le fond en planches assemblées et assurées par de fortes traverses en bois. A la hauteur de deux mètres, des cellules séparées par des cloisons et hautes de soixante-quinze centimètres serviraient aux oiseaux, pour y établir leurs nids quand ils voudraient couver. Chaque cellules aurait une entrée particulière. Au-dessous, des perchoirs seraient établis pour la nuit. Au moyen d’une saignée faite au ruisseau avant son entrée dans la basse-cour, une rigole, peu large et peu profonde, coulerait en diagonale sur le sol gazonné des volières et offrirait dans son lit, tout garni de plantes aquatiques, des bains d’eau claire et fraîche aux volatiles. Le corps même des volières serait en osier ; elles se termineraient en dôme et seraient recouvertes en paille. Un ou deux arbres morts plantés à l’intérieur étendraient leurs branches et formeraient des perchoirs. Des volets pourraient envelopper les volières et les fermer complètement pour les mettre à l’abri des grands froids de l’hiver. Marcel employa tout le mois de mars pour terminer cette importante construction et le travail minutieux qu’elle nécessitait ; il en sortit complètement à son honneur.

Grâce à ses pièges, ses gluaux et quelques filets qu’il avait confectionnés pendant la saison d’hiver, Marcel eut la joie de posséder, après une dizaine de jours d’affût, une vingtaine d’échantillons de chacune des espèces qu’il convoitait. Ces oiseaux s’habituèrent promptement à une captivité d’autant plus douce qu’ils y trouvaient tout ce qui pouvait leur rendre la vie agréable.

Marcel avait fort à faire ; il passait ses journées entières à labourer, à piocher, à abattre des arbres, à ensemencer des champs nouveaux dont il se proposait de faire une ceinture autour de son habitation. Dès l’aube, il était debout et donnait ses soins à ses cultures.

Il s’était fabriqué une herse et un rouleau, dont l’absence à l’automne lui avait été douloureuse et pénible, et il se proposait, pour les faire traîner sur ses semis du printemps, d’utiliser le bon vouloir et la vigueur de ses deux ours.