« L’homme heureux, a dit un sage, est celui qui sait se contenter de ce que lui donne la providence. »
Marcel était dans ces conditions.
Comme ses travaux lui laissaient quelques loisirs et qu’il ne pouvait rester les bras croisés, il avait fait un journal.
Ce journal était des plus singuliers. Voici en quoi il consistait :
Amplement muni de papier et de crayons, Marcel avait fait avec une habileté remarquable une suite de dessins à la plume, au crayon ou au fusain. Au bas de chacun il avait écrit une légende se rapportant à un des incidents les plus remarquables de son séjour sur la corniche.
Rien de curieux comme ce panorama dont le premier dessin représentait la catastrophe qui l’avait jeté dans son désert. Ensuite se trouvait une vue d’ensemble du paysage primitif : puis, en feuilletant les pages de l’album, l’aspect des lieux se modifiait ; au dernier feuillet le paysage était complètement transformé. Chaque page représentant un fait, on pouvait suivre, pour ainsi dire pas à pas, les changements opérés et les circonstances dans lesquelles Marcel s’était trouvé tour à tour.
Rien de saisissant comme certaines de ces feuilles, en raison des scènes comiques ou sérieuses qu’elles représentaient. Le tout formait l’histoire la plus curieuse qu’on pût imaginer.
Chaque jour, il ajoutait une page nouvelle à ce singulier journal. Les légendes en étaient tantôt tristes et tantôt gaies. Dans aucune, on n’eût trouvé trace de désespoir et de découragement.
Lorsqu’il eut mis son album, ou, comme il le disait, son journal au courant, Marcel établit aussi le plan parcellaire de ses possessions.
Ce travail lui suggéra la pensée de visiter en détail le plateau sur lequel s’ouvrait la grotte dans laquelle les malheureux prêtres avaient été massacrés.