Il traversa donc les grottes d’un pas rapide, sans même jeter un regard distrait sur ces trésors amoncelés. Les outils, les caisses de verre et les matériaux entassés dans le vestibule suffisaient à ses désirs, et il n’avait eu aucun scrupule à s’en servir parce que cela ne faisait pas partie du trésor.
Il arriva ainsi jusqu’à la dernière grotte. Il en referma la porte derrière lui. Après avoir donné aux malheureux ensevelis là un adieu suprême, il sortit et commença son excursion.
Il fit presque aussitôt une remarque singulière.
Dans un angle de la grotte, il avait vu des coquilles d’œufs et ces œufs étaient des œufs de poules.
Sans doute les religieux avaient apporté dans leur cachette quelques-uns de ces volatiles qui, après l’assassinat de leurs maîtres, avaient dû être abandonnés. Les poules s’étaient sans doute alors sauvées dans les bois ; Marcel ne désespérait pas, en cherchant bien, de découvrir leur perchoir.
Ce fut ce qui arriva en effet. Dans un bois touffu, éloigné au plus d’une portée de pistolet de la grotte, il découvrit ce refuge et il aperçut même quelques poules. Malheureusement, du plus loin qu’elles le virent, elles se sauvèrent en caquetant et disparurent dans le plus profond du fourré.
Il constata qu’elles étaient fort belles ; leur fuite ne l’inquiéta nullement ; il savait que, si sauvages qu’elles fussent devenues, il lui serait facile de s’en emparer. Dans son for intérieur, il se promit même d’en prendre le jour même le plus grand nombre qu’il pourrait.
Ces débuts lui semblaient de bon augure ; aussi continua-t-il gaîment sa route.
Le plateau qu’il visitait, fort boisé, était beaucoup plus étendu que celui sur lequel avait eu lieu son naufrage ; mais il n’était arrosé que par quelques maigres ruisseaux qui se précipitaient en cascades dans les vallées.
Le jeune homme y découvrit quelques traces fort anciennes de sentiers, mais, soit que les passages eussent été détruits par la main de l’homme après le massacre des religieux, soit plutôt qu’ils eussent été obstrués par des éboulements semblables à celui dont lui-même avait été victime, il ne trouva aucun sentier permettant soit de descendre, soit d’atteindre le sommet de la montagne. Les prairies naturelles foisonnaient et couvraient toutes les parties du sol que les bois n’avaient pas envahies. Marcel y remarqua quelques traces de chèvres et de moutons ; enfin, à sa grande surprise, il découvrit trois ou quatre ânes sauvages.