Ces trouvailles l’avaient complètement dérouté. Ainsi qu’il le faisait toujours en pareilles circonstances, il s’assit sur un quartier de roche, plaça son fusil près de lui, ouvrit son sac, et se mit à manger tout en réfléchissant.
Il y avait là un problème à résoudre.
La même raison qui expliquait la présence des poules justifiait celle des autres animaux.
Lorsque les religieux s’étaient réfugiés sur la montagne, ils avaient emporté avec eux tous les objets de première nécessité dont il leur avait été possible de se fournir.
Marcel, en effet, dans le souterrain, avait découvert des lits très peu moelleux à la vérité, mais en somme suffisants pour y dormir, des vêtements, du linge et une batterie de cuisine assez complète. Le jeune homme ne s’était fait aucun scrupule de s’approprier ces objets sans valeur pour tout autre que pour lui. Les fûts de vin et de liqueur seuls lui avaient paru mériter d’être conservés intacts.
Ces bagages, forcément transportés à dos d’âne, avaient nécessité la venue des animaux qu’il avait aperçus sans réussir encore à s’en emparer. Livrés à eux-mêmes ils s’étaient réfugiés dans les bois, ils étaient peu à peu retournés à la vie sauvage et ce ne fut pas sans quelque surprise que le solitaire remarqua que leur voix avait changé, et qu’au lieu de braire, ainsi que le font les ânes domestiques, ils bramaient comme les cerfs.
La découverte de ces animaux divers était précieuse pour Marcel. Mais il s’agissait de s’en emparer et de les conduire sur la corniche.
Là, commençait toute une série de difficultés.
Pour les ânes il était impossible de songer à leur faire traverser les souterrains et à les hisser par l’escalier jusqu’à la trappe qui servait de fermeture.
Les poules et les moutons ne l’inquiétaient pas ; il les aurait, au besoin, transportés sur ses épaules. C’eût été fort long sans doute, mais il y serait parvenu. Comment donc entrer en possession des ânes dont l’aide lui serait si précieuse ?