Une nuit, Marcel, un peu après le lever de la lune, traversa le pont et alla visiter ses trappes.

Toutes avaient été saccagées, trois ou quatre étaient vides. Les animaux s’étaient sans doute aperçu à temps du piège et avaient pu fuir.

Les autres étaient habitées ; trois contenaient chacune une ânesse avec son petit ; dans les autres, il y avait dix ânes jeunes et de la plus belle venue.

Les pauvres bêtes tremblaient de terreur ; elles mouraient littéralement de faim.

Quand elles aperçurent le jeune homme, elles gémirent si lamentablement et n’essayèrent pas de résister. La faim et la terreur les avaient domptées.

Marcel les caressa, procéda à leur sauvetage, et, les unes après les autres, elles se laissèrent mettre un licou. Elles suivirent docilement leur nouveau maître.

Au lever du soleil, tous les prisonniers étaient installés sur une moelleuse litière, dans l’écurie construite à leur intention, et mangeaient la provende placée dans les auges et les rateliers.

Dix jours suffirent pour les dompter complètement.

Marcel estima que le nombre de ses captifs était suffisant : il laissa leurs camarades en liberté, certain que, s’il en avait jamais besoin, il lui serait aisé de remonter sa cavalerie.

Il lui fallait maintenant des charrettes ; il se mit à l’œuvre, avec l’intention d’en construire quatre. Les difficultés ne l’effrayaient pas. Il ferait des véhicules du modèle le plus primitif, avec des roues pleines et d’un seul morceau.