— Oui, mais ma douleur est essentiellement morale. Je souffre d’être loin de tous ceux que j’aime. Hélas ! peut-être m’ont-ils oublié ?
— Cette pensée est mauvaise, Marcel ! Je m’étonne de la voir éclore en toi.
— Vous avez raison, j’ai tort ; mais, depuis bientôt trois ans, je vis seul et oublié sur cette corniche.
— Oublié ! Non pas, Marcel ! Pas un jour, pas une heure, nous n’avons cessé de penser à toi et de chercher les moyens de te venir en aide.
— Soyez donc bénis pour cette constante amitié !… Mais avouez que, jusqu’à ce jour, les résultats en ont été négatifs, ajouta-t-il avec une ironie triste.
— Marcel, reprit le fantôme avec émotion, comment, toi qui es un cœur fort, une âme d’élite, peux-tu parler ainsi ?
— Parce que je souffre, que la fièvre m’énerve, que je ne sais même pas, en ce moment, distinguer le rêve de la réalité !
— Pauvre enfant ! reprit l’autre avec une douceur émue, prends courage ; tu as souffert le plus fort de ta passion. Bientôt, tu seras libre.
— Libre ! murmura Marcel, libre ! après tant de temps ! Non, c’est impossible !
— Prends garde, enfant, le doute est le commencement du désespoir.