— C’est bien, dit enfin le fantôme. Tu as parlé en homme de cœur et de caractère. Je ne t’oublierai pas ; Tout sera fait selon tes désirs. Je ne te dis pas : courage, enfant ! Le tien est à toute épreuve. Je te dis : patience et bon espoir !

— La patience n’est qu’une forme de la résignation. J’ai, depuis longtemps, appris à être patient en me résignant.

— Tu sembles souffrir, Marcel ?

— Beaucoup. Depuis cinq jours et cinq nuits, la fièvre me tient cloué sur cette couche.

L’homme au burnous, ou le fantôme, comme il plaira au lecteur, examina un instant le jeune homme avec la plus sérieuse attention ; puis il fouilla dans sa gibecière, en retira une boîte oblongue en chagrin, l’ouvrit au moyen d’une clé microscopique. Le malade aperçut alors une douzaine de petits flacons soigneusement bouchés à l’émeri et alignés dans des compartiments séparés.

L’homme mystérieux choisit un de ces flacons, emplit une tasse d’eau, puis y laissa tomber quelques gouttes de liqueur. L’eau prit aussitôt une teinte jaune d’or. L’être étrange reboucha le flacon et referma la boîte, qu’il remit dans sa gibecière.

Tout cela fut fait lentement, presque d’une façon automatique. Puis prenant la tasse et la présentant à Marcel :

— Bois, lui dit-il affectueusement.

Le jeune homme prit la tasse et but, puis il la rendit à demi vide à l’homme au burnous qui la replaça sur la table de nuit.

Au fur et à mesure qu’il buvait, il sentait un bien-être indicible se répandre dans tout son corps et dans toutes ses articulations.