Il rentra alors au logis, et, après avoir remis Jean-Pierre à l’écurie, il se hâta de préparer son déjeûner. Il se sentait un véritable appétit de convalescent.

Tout en mangeant et en distribuant de friands morceaux à ses commensaux ordinaires, il réfléchissait.

Il était fort intrigué par son aventure de la nuit. Il ne se rappelait que très vaguement l’entretien qu’il avait eu avec l’homme au burnous. Il se demandait si cette entrevue fantastique était réelle, ou si ce n’était qu’un rêve, une hallucination de la fièvre ; l’un était aussi possible que l’autre, d’autant plus que son système nerveux, surexcité par l’orage et la fièvre intense qui le dévorait, pouvait très bien avoir produit ce rêve bizarre ; cependant, sans se souvenir positivement de ce qui s’était dit entre lui et l’homme au burnous, ou le fantôme créé par son imagination surexcitée, il se souvenait que cet entretien avait duré pendant très longtemps, et que son interlocuteur l’avait terminé en lui présentant une boisson rafraîchissante préparée par lui, en lui disant : « Bois ; demain tu seras guéri » ; puis le fantôme avait semblé s’évanouir vers le fond de la grotte ; du reste, la prophétie de l’apparition s’était complètement réalisée, puisqu’il était, en effet, complètement guéri.

— Ce rêve, si c’en est un, est bien singulier, dit Marcel. Il y a, au fond de tout cela, quelque chose d’étrange et de bizarre qui m’échappe. Oh ! fit-il tout à coup, en se frappant le front, je vais savoir tout de suite si cette entrevue est réelle ou si ce n’est qu’un rêve ; la potion que l’homme au burnous m’a présentée et dont, je me le rappelle très bien, je n’ai bu que la moitié, était d’une admirable teinte d’or, d’un goût piquant et aromatique. Le reste est dans la tasse… Voyons !

Il se leva et ne fit qu’un bond jusqu’à la table de nuit.

La tasse était là, à moitié pleine, mais ce qu’elle contenait était une simple infusion de violettes préparée par Marcel lui-même, et sa couleur était d’un bleu un peu violet.

— Allons ! s’écria le jeune homme avec quelque dépit, j’ai rêvé ; il est évident que j’ai eu une hallucination.

Puis il ajouta en souriant, tout en se remettant à déjeûner :

— C’est égal ! hallucination ou non, ce qui est certain, c’est qu’elle a si profondément frappé mon imagination que, ma foi ! j’ai été subitement guéri. Ne pensons plus à cela et reprenons nos habitudes. J’ai fort à faire en ce moment, et cette maladie ne m’a pas mis en avance.

CHAPITRE XXI
Comment Marcel découvrit enfin un passage et préféra rester sur la corniche.