A une heure précise, il s’éveilla.
Il sauta d’un bond hors du lit et fit, en toute hâte, ses préparatifs de départ. Il mit des provisions de bouche dans sa gibecière, attacha sa hache américaine à sa ceinture, passa son fusil en bandoulière et prit son bâton de montagnard. Au lieu de sortir du logis, il se dirigea vers le fond de la grotte, une lanterne allumée à la main.
Il siffla ses chiens et appela ses ours ; les uns et les autres accoururent ; mais quand les ours virent la direction que prenait leur maître, ils hésitèrent d’abord, refusèrent d’aller plus loin, et, finalement, retournèrent se coucher.
— Voilà qui est étrange, murmura Marcel. Tout prouve cependant que c’est par cette voie que ces animaux sont venus ici. Que signifie la répugnance qu’ils éprouvent à refaire un chemin qu’ils doivent connaître ? Les ours ont la mémoire longue. Ceux-ci ont peut-être été chassés et n’ont échappé que par miracle à ceux qui les ont blessés. Ce doit être cela. Qu’ils dorment tranquilles ; je n’ai pas besoin d’eux pour me guider. En avant !
Et il se remit en marche.
Où allait-il, et comment cette pensée, qu’il n’avait jamais eue jusqu’alors, lui était-elle venue si subitement d’explorer la grotte dans toute son étendue ? Comment surtout cette idée avait-elle surgi à l’improviste et presque subitement dans son esprit ?
C’est ce que nous allons, en quelques mots, faire savoir au lecteur.
Plus de deux mois s’étaient écoulés depuis l’orage pendant lequel il avait eu ou cru avoir l’hallucination. Il n’y songeait plus, lorsqu’en allant prendre le saloir dans le compartiment éloigné où il était relégué, il avait tout à coup aperçu, sur le sable fin de la grotte, des pas d’homme profondément imprimés. Les uns se dirigeaient vers la sortie, les autres, au contraire, s’enfonçaient dans les profondeurs de la grotte.
Marcel avait le pied étroit, un peu long et fortement cambré ; il était chaussé de bottes sans clous. Les pas qu’il avait aperçus étaient un peu larges, assez petits et portaient l’empreinte de souliers ou de bottes à talons garnis de clous nombreux, de même que les semelles. Ces traces n’étaient donc pas les siennes ; d’ailleurs, s’il avait hésité en les apercevant près du compartiment, le doute n’était plus permis, car jamais, depuis qu’il avait découvert la grotte, il ne s’y était enfoncé aussi profondément qu’il l’était en ce moment.
Il n’avait donc pas rêvé ; il n’avait pas eu d’hallucination. L’homme au burnous avait réussi, Marcel ignorait encore par quels moyens, à parvenir jusqu’à lui ; et le long entretien qu’il avait eu avec son vieil ami était bien réel.