L’homme au burnous lui avait donné la potion qu’il avait bue ; il avait ensuite vidé la tasse lui-même, afin de laisser le malade dans le doute et lui faire croire qu’il avait été le jouet de la fièvre.
Mais pourquoi avait-il agi ainsi ? Pourquoi, depuis deux mois, n’était-il pas revenu ? Le chemin qu’il avait suivi s’était-il écroulé ou bien lui-même s’était-il égaré dans cette grotte, dont les dimensions paraissaient alors immenses à Marcel ? Y était-il mort misérablement en s’en retournant ?
L’inquiétude du jeune homme était grande. Quoi qu’il en fût, les traces laissées dans le sable étaient profondes, bien marquées ; la pointe du bâton ferré du vieux montagnard formait une série de trous placés à distances égales.
Dans cet immense souterrain où l’air ne circulait que difficilement et en quantité tout juste suffisante pour permettre de respirer sans souffrir, ces traces devaient durer un siècle sans s’effacer. Marcel n’avait qu’une chose à faire pour découvrir la vérité, c’était de les suivre servilement, sans s’écarter ni à droite ni à gauche ; il le fit.
Après une heure de marche environ, il atteignit une espèce de carrefour sur lequel plusieurs galeries s’ouvraient dans des directions différentes. Là, l’homme au burnous s’était arrêté ; il s’était assis sur une pierre assez large, sur laquelle, avec du charbon, il avait marqué certaines lignes correspondant avec d’autres semblables tracées sur les parois d’une galerie.
Le vieillard cherchait évidemment son chemin. Il tâtonnait et prenait, autant que possible, des points de repère, afin de ne pas s’égarer.
Du reste, pendant son exploration, Marcel trouva plusieurs indications semblables tracées au charbon sur les parois des galeries. Il découvrit même, de distance en distance, plusieurs torches à demi consumées.
Il continua à suivre ces traces et arriva à un second carrefour presque semblable au premier. Seulement les galeries étaient moins nombreuses, et les voûtes étaient basses.
Il s’arrêta pendant une demi-heure, pour changer la bougie de sa lanterne et surtout pour se reposer un peu. Il marchait depuis plus de trois heures sous ces voûtes humides et commençait à se fatiguer sinon physiquement au moins moralement ; il lui semblait qu’il n’arriverait jamais au bout de cette course fantastique ; de plus, l’air lourd et vicié lui donnait des nausées et lui causait des bourdonnements dans les oreilles.
Il avala d’un trait un grand verre de cidre, ce qui le remit complètement.