Il s’arrêta.

Il réfléchit quelques instants et se trouva assez embarrassé. Devait-il aller plus loin ? Il s’était mis en marche à une heure du matin, et sa montre marquait sept heures et demie. Depuis près de sept heures, il marchait ainsi dans les ténèbres. Le chemin qu’il avait fait devait être considérable, et il n’avait fait que constater l’immensité de la grotte, dont il n’occupait qu’une partie insignifiante. Il s’attendait à d’autres surprises ; les traces marquées en noir contre la paroi l’engagèrent à continuer et à aller jusqu’au bout.

— En somme, se dit-il, je dois avoir fait la plus grande partie du trajet. Puisque l’homme au burnous l’a accompli tout entier, pourquoi, moi qui suis jeune et vigoureux, n’en ferais-je pas autant que ce vieillard que rien n’a pu rebuter ? Je suivrai cet exemple, ne fût-ce que pour savoir à quel point aboutit cet immense souterrain. L’eau que je suis depuis si longtemps s’est évidemment creusée une issue ; c’est cette issue qu’il m’importe de découvrir. Plus tard, je pourrai en avoir besoin et être heureux de m’en servir.

Bref, le jeune homme, toutes réflexions faites, résolut de continuer son aventureuse exploration.

Il se remit en marche.

Le souterrain se rétrécissait de plus en plus ; la bande de terre sur laquelle il s’avançait avait à peine un mètre de large. Du côté opposé, l’eau s’avançait jusque contre la paroi. La voûte s’abaissait de telle sorte que, pendant près d’un quart d’heure, il fut contraint de marcher presque courbé en deux. Le sol était devenu humide, boueux et glissant ; Marcel n’avançait qu’avec une difficulté extrême, et c’était uniquement grâce à son bâton qu’il parvenait à conserver l’équilibre.

Tout à coup, sans que rien le lui fît prévoir, la voûte se releva presque subitement à une grande hauteur, et le jeune homme déboucha dans une vaste salle, au milieu de laquelle le ruisseau, assez large en réalité, paraissait être fort étroit.

Là, une surprise l’attendait. Sur le sol redevenu sableux, au lieu des pas de l’homme au burnous. Marcel découvrit les traces de plusieurs personnes, huit ou dix au moins, parmi lesquelles, il reconnut les empreintes mignonnes de pas de femmes.

Ces personnes, quelles qu’elles fussent, avaient accompagné l’homme au burnous ; elles s’étaient arrêtées là ; elles s’y étaient assises sur des quartiers de roche, y avaient pris un repas ; Marcel s’en assura en remarquant une grande quantité de reliefs de toutes sortes, que les chiens se hâtèrent de faire disparaître. La trace des pas, parfaitement marquée sur le sable humide, indiquait que la société entière, après un séjour plus ou moins prolongé, avait repris la même route qui l’avait amenée en ce lieu.

Seul, l’homme au burnous s’était aventuré plus loin ; il n’avait dû revenir qu’après le départ des autres personnes, car la marque de ses pas se superposait à celles de ses compagnons, et souvent même les effaçait.