Bon ! murmura Marcel, mon vieil ami n’a pas tenté seul son expédition ; d’autres personnes qui s’intéressent à moi ont voulu le suivre. Sans doute, ce n’est qu’ici que, sur ses instances, elles ont renoncé à poursuivre plus loin une exploration fatigante et périlleuse et se sont décidées à rebrousser chemin. Quelles sont les femmes qui faisaient partie de cette troupe ? Ma sœur sans doute, et ma mère adoptive, cette chère maman Jeannette, et Mariette, ma sœur de lait. Elles seules m’aiment assez pour me donner cette preuve de dévoûment. Pauvres chères adorées, ajouta-t-il les yeux pleins de larmes, qu’elles soient bénies pour cette amitié qu’elles me conservent !… Mais où suis-je donc ici ? A quel endroit débouche cette grotte, pour que mes amis aient eu la pensée de l’explorer ? Je veux le savoir. Allons, courage, et en avant !
Et il se remit en marche avec une nouvelle ardeur.
Il n’était plus seul. La pensée de ses amis lui tenait compagnie ; leurs traces semblaient lui dire :
— Courage, Marcel. Nous ne t’avons pas oublié ; nous t’aimons toujours.
Il riait et pleurait à la fois sans se rendre compte du sentiment de bonheur qui faisait tressaillir tout son être.
Sa fatigue était oubliée. Les yeux fixés sur les empreintes qui apparaissaient de temps en temps dans les parties sablonneuses qui séparaient les entassements de quartiers de roches, il allongeait le pas sans regarder ni à droite ni à gauche ; il voyait et vivait, pour ainsi dire, en ce moment, avec les yeux du cœur. Toute sa vie passée se retraçait en caractères de feu dans sa pensée. Parfois, il avait envie de crier, d’appeler ses amis, se figurant qu’ils étaient là, invisibles, et répondraient à son appel.
Il traversa ainsi plusieurs salles, sans presque s’en apercevoir, et tout à coup il vit le jour devant lui, assez près, et dans plusieurs directions à la fois.
Il s’arrêta ; la sueur coulait sur son visage ; son cœur battait à rompre sa poitrine ; la respiration lui manquait.
Il se laissa tomber sur un des quartiers de roches qui encombraient la galerie et retardaient sa marche, et il attendit que l’émotion qui le maîtrisait se fût un peu calmée.
Au bout de dix minutes, il se leva et se remit en route.