Un quart d’heure plus tard, il traversait une vaste salle soutenue par un colossal pilier naturel et s’ouvrant sur le ciel tout ensoleillé ; puis il parvint sur une plate-forme, au-dessus d’une magnifique cascade qui bondissait de roc en roc et descendait dans une admirable vallée cerclée de hautes montagnes.

Surpris, enivré par le magnifique paysage qui se déroulait sous ses yeux, il aspirait par tous les pores l’air frais et embaumé du matin.

Tout à coup, il poussa un cri de joie et de surprise.

Ce panorama splendide lui était depuis longtemps familier. Il venait enfin de le reconnaître.

— La vallée d’Entremont ! s’écria-t-il, la montagne du Haut-du-Seuil, les sources du Guiers-Vif !

« Ces sources dont personne ne connaît le point d’origine, je les ai vues, je les ai côtoyées pendant plusieurs heures, dans les entrailles de la terre. C’est dans la grotte même où elles prennent naissance que j’habite ! Quelle singulière destinée que la mienne ! J’avais là, près de moi, à ma disposition, le moyen de sortir de ma captivité, et jamais la pensée ne m’est venue d’explorer ce mystérieux souterrain, à l’entrée duquel la Providence m’avait, pour ainsi dire, conduit par la main ! Mais, puisque Dieu en avait décidé autrement, que sa volonté soit faite !

Il s’assit sur la plate-forme et regarda sa montre.

— Neuf heures ! fit-il. Il m’a fallu huit heures d’une marche ininterrompue pour atteindre l’issue du souterrain. Maintenant, je puis me reposer à mon aise.

Il ouvrit sa gibecière et étala ses provisions devant lui.

— J’ai faim, dit-il en riant ; j’ai bien gagné mon déjeûner.